Du devoir de réserve à la fidélité à ses valeurs

Home/Réflexion/Du devoir de réserve à la fidélité à ses valeurs

Du devoir de réserve à la fidélité à ses valeurs

Conformément à l’article L120-4 du code des juridictions financières, aucun membre ne peut se prévaloir, à l’appui d’une activité politique, de son appartenance à celles-ci. Tout membre doit, à l’inverse, s’abstenir de toute manifestation de nature politique incompatible avec la réserve que lui imposent ses fonctions. J’entends bien scrupuleusement me soumettre à cette obligation, tant elle rejoint les principes d’éthique et de déontologie auxquels j’ai toujours adhéré.
Je n’en conclus pas, pour autant, que je doive manquer de fidélité aux valeurs à la source desquelles je n’ai cessé de puiser pour me guider dans la vie.
Et comme, il me faut commencer à choisir une nouvelle ligne éditoriale à ce blog, sauf à le laisser en jachère, je m’essaie, avec vous, à tenter de clarifier ma pensée en la matière et vous me direz ce que vous en pensez, en toute simplicité et amitié.
Il y a plusieurs années, notre ami Koztoujours m’avait demandé si j’étais démocrate chrétien ? Libéral ? Les deux ? Et si tout cela était bien compatible ?
Comme mon site personnel en témoigne, je revendique avoir été construit par la pensée d’Emmanuel Mounier : le personnalisme communautaire. Et d’y avoir puisé des références utiles dans ma vie d’élu. Pour les plus jeunes, et en simplifiant à l’extrême, cette pensée politique affirme que l’Homme est une personne. C’est à dire un être unique et singulier qui vit et agit au sein d’une communauté humaine. Une personne responsable qui a conscience d’être plus que sa vie et qui aspire au dépassement, à la transcendance, et ce en résonance avec le Christianisme.

Sur l’échiquier politique ce courant de pensée se situait au centre. Puis l’élection du Président de la République au suffrage universel a coupé progressivement la vie publique en deux courants principaux, divisant ainsi ceux qui se trouvaient au milieu. Certains sont allés à gauche d’autres à droite. Ce qui est mon cas. Disons, pour faire simple, que lorsqu’il a fallu décider si je croyais d’abord au groupe et ensuite à la personne ou l’inverse, j’ai choisi l’inverse.

Voilà pour le côté démocrate chrétien que non seulement je ne renie pas, mais qui constitue encore mon socle de valeurs et de références.

Alors comment ceci peut-il se concilier avec la liberté économique ? Disons-le franchement, ma pensée sur le sujet a évolué progressivement.

Durant les 30 glorieuses, la croissance économique a financé tout le progrès social sans que nous ayons beaucoup d’efforts à accomplir ni à nous poser de questions. Les fondamentaux de la société fonctionnaient : la famille, l’école, l’emploi. Si la richesse n’était pas équitablement répartie, l’ascenseur social fonctionnait à plein régime de sorte qu’en retroussant nos manches et un peu de chance, nous pouvions progresser très vite. J’en ai personnellement profité. Honnêtement, je n’ai jamais eu le sentiment, pendant toute ma scolarité, qu’un enfant de bourgeois pouvait avoir plus de chance que moi. Parce que ce n’était pas le cas.

L’économie était encore très administrée mais pas encore globalisée. De sorte que la mauvaise gestion publique se trouvait effacée, de temps en temps, par l’inflation et les dévaluations.

Puis, il y a 30 ans maintenant, les chocs pétroliers ont brutalement déréglé la machine. Aveugles, inconscients, irresponsables, nous n’avons pas compris que notre logiciel était périmé. La dette a masqué le maintien d’un niveau de vie totalement artificiel laissant croire que notre Pays créait encore assez de richesses pour jouer son rôle comme avant. En réalité, à mesure de nos difficultés financières, se dessinaient symétriquement le déclin économique et moral de notre pays.

Depuis plusieurs années, j’ai acquis l’absolue conviction que la seule manière de réaliser le progrès social était chronologiquement d’abord de rendre notre économie efficace. Et que cela passait par notre adhésion non ambiguë à l’économie de marché, reposant elle-même sur la liberté économique. Et cela est clairement exprimé dans le manifeste pour les valeurs de notre Club « Courage et Convictions ».

Ai-je aujourd’hui des troubles de conscience entre mes valeurs de démocrate chrétien et mon adhésion à l’économie de marché ? Pas du tout. J’assume pleinement cette élucidation qui m’a conduit à conclure que la dignité de la personne humaine passe par sa responsabilité individuelle, que le travail est une valeur, et que la société doit l’égalité des chances mais pas l’égalité de résultats. Je crois à l’entreprise comme outil de création de richesse. Et au risque d’entreprendre si peu encouragé dans notre pays. Je pense que sans création préalable de richesse il ne peut y avoir de progrès social ni personnel ni collectif. Bref, non seulement j’assume, mais je m’irrite des ambiguïtés que la droite française entretient avec l’économie de marché. Je pense que la politique manque de vérité, de sincérité, de risques. Elle est gérée comme un marché !

En résumé, je pense que notre économie mériterait infiniment plus de flexibilité et notre politique plus d’inflexibilité !

Depuis que ces lignes ont été écrites à Koz, il y a maintenant plusieurs années, est survenue la crise financière. Elle a jeté une lumière crue sur une libéralisation non accompagnée d’une forte régulation. C’est pourquoi je pense que l’urgence la plus totale consiste désormais à introduire une vraie régulation (à ne pas confondre avec bureaucratisation) qui garantisse que le jeu des acteurs économiques et sociaux sera régit par des règles simples, compréhensibles pour tous, impératives et communes d’abord à tous les pays d’Europe et, le plus vite possible, aux pays d’Amérique du nord. Pour travailler actuellement, à titre personnel, sur les questions de gestion publique et de gouvernance publique je pense pouvoir vous alimenter en sujets de débats à venir prochainement.

Que ceux que j’aurais pu blesser par mes positions ne m’en veuillent pas, je n’ai jamais prétendu détenir la vérité et je me nourris toujours des points de vue des autres qui, parfois, sont foncièrement opposés aux miens. La maturité et même la grandeur d’une démocratie ne se mesurent-elles pas à la capacité qu’ont les citoyens à débattre paisiblement entr’eux des affaires de la Cité ?

By | 2017-03-13T11:29:06+00:00 8 novembre 2010|Réflexion|0 Comments

No Comments

  1. Koz 13 novembre 2010 at 15 h 12 min

    C’est intéressant de lire ce que vous écrivez sur l’impact de la crise économique. Nombre de libéraux soutiennent que la crise est intervenue précisément du fait de l’intervention initiale de l’Etat, qui a perturbé les conditions du marché. Je n’ai pas de difficulté à imaginer que les responsabilités puissent être partagées, et qu’il soit trop facile de blâmer uniquement les marchés, les traders. Il me semble en revanche bien illusoire de les exonérer pour sauver à tout prix l’idée que le marché serait vertueux.

    Pour développer un peu sur mon rapport au libéralisme, je dirais que je ne suis certainement pas un antilibéral. J’ai d’ailleurs plutôt des affinités, à l’origine, avec le libéralisme, et je me reconnais parfaitement fans les valeurs que vous énoncez (lorsque vous écrivez : « la dignité de la personne humaine passe par sa responsabilité individuelle, que le travail est une valeur, et que la société doit l’égalité des chances mais pas l’égalité de résultats »).

    Ce qui me définit est simplement autre. Il me semble aussi que le libéralisme ne se préoccupe pas toujours des dégâts que supposent les rééquilibrages qu’il évoque, qu’il pêche parfois par naïveté, et qu’il fonctionne pour ses « adeptes » à l’image d’autres systèmes idéologiques comme une doctrine qui vous écarte du réel. A en lire certains libéraux, le problème vient toujours du fait que nous ne soyons pas dans un système vraiment libéral, que nous n’ayons pas atteint ce libéralisme. Cela me fait irrésistiblement penser aux communistes qui justifiaient les erreurs par le fait que le pays n’ait pas encore atteint le communisme. J’ajoute que je trouve le libéralisme un peu désespérant socialement : en caricaturant, on n’agit plus, on se contente d’observer les rééquilibrages se faire. En outre, je ne partage pas la méfiance de principe à l’encontre de l’Etat. Car après tout, l’Etat n’est-il pas une création commune par les individus, une organisation mise sur pied pour coordonner l’action de la collectivité ? Bref, à l’origine, n’est-ce pas une initiative privée ?

    Il reste que le caractère respectueux de la liberté de chacun du libéralisme politique le rend évidemment préférable à des systèmes dont le fonctionnement passe par l’oppression. Je m’étais peut-exprimé un peu rudement il y a 5 ans…

    Si votre réflexion contribue à dessiner la voie d’une bonne gouvernance, à distance raisonnable du libéralisme et de l’étatisme, c’est heureux.

    Avec mon meilleur souvenir de cet échange d’il y a cinq ans, qui reste pour moi l’exemple de l’échange le plus sincère que j’ai pu avoir avec un homme politique au travers des réseaux sociaux.

  2. AB Galiani 29 novembre 2010 at 9 h 06 min

    A Koz,

    En 2006, j’avais rédigé quelques billets sur le sujet ! Les idées maitresse en était que le libéralisme n’excluait pas l’Etat, que c’était une forme de régulation (ce terme ayant été dévié de sa signification, je rappelle que la régulation, c’est l’aptitude à corriger les dysfonctionnements. Le mot « marché vertueux » n’a pas plus de sens que celui « d’Etat spontanément au service de l’interet général ». Je rappelais que la sociale démocratie est d’essence libérale.
    Je maintiens néanmoins que ce sont les Etats qui sont à l’origine de la crise économique …

Leave A Comment