"Alain Lambert, libéral et provincial sans complexes"

Lundi 13 ocbre 2003 Ouest-France

 

 


1946 : naissance à Alençon.1976 : devient notaire à Alençon.1983: conseiller municipal d'Alençon.1985: conseiller général de l'Orne (jusqu'en 1992)1986 : vice-président du conseil régional de Basse-Normandie (jusqu'en 1989).1989 : maire d'Alençon (jusqu'en 2002)1992: sénateur de l'Orne (jusqu'en 2002).2002 : ministre délégué au budget puis au budget et à la réforme budgétaire..Hélène Cayeux

L'examen du budget 2004 de la France s'ouvre demain à l'Assemblée nationale. Le grand oral annuel pour le ministre du Budget,Alain Lambert, longtemps maire d'Alençon. Portrait d'un ancien notaire, libéral convaincu, qui rêve de la présidence du Sénatmais n'oublie jamais Alençon d'où il vient.

Il n'a pas la boulimie de pouvoir de son ami Nicolas Sarkozy, ni l'ambition revendiquée de son voisin ligérien François Fillon. Il n'a pas, non plus, les saillies de Francis Mer avec qui il forme à Bercy un duo inédit chargé d'assumer l'insoutenable suspense du nouveau western budgétaire : « Pour quelques milliards de moins. » Ne vous fiez pourtant pas à ses costumes stricts de notaire ­ qu'il est de métier ­ à sa prestance de notable irréprochable, aux rondeurs épiscopales de sa dialectique. Sous la défroque centriste qu'il a endossée tardivement, en 1995, longtemps après s'être fait élire maire d'Alençon sans étiquette, Alain Lambert est un vrai libéral sans complexes, convaincu, assumé. Un vrai idéologue, disent ses adversaires.

Homme de débat, il ne déteste pas les éclats. « Quand on me donne une baffe j'ai la tentation d'en rendre deux », reconnaît cet ancien élève des bons pères du Sacré coeur de Mayenne et de l'Immaculée Conception de Laval. Qu'on se le dise : malgré les apparences, notre grand argentier est quelqu'un qui n'aime pas trop l'eau tiède en politique. En atteste sa violente diatribe contre les 35 heures et la fascination qu'exerce sur lui... « des visionnaires à l'autorité assez forte » : Colbert, Napoléon, de Gaulle, Jean-Paul II. Que des gros calibres qui ont « profondément structuré la société au prix d'une grande détermination ».

Alain Lambert ne vise évidemment pas si haut, même s'il caresse, au su de tous et sans fausse immodestie, l'espoir d'accéder à la présidence du Sénat, une maison dont il connaît tous les rouages, tous les secrets. Sa présente ambition, son carnet de route, est simplement de tenter de limiter les dérapages d'un budget incontrôlable. Sans succès immédiat flagrant et avec sans doute quelques états d'âme inavoués pour ce chantre de la réduction des déficits plus que des baisses d'impôts. Pour ce notaire de province nourri aux vertus de la sagesse rurale qui continue à proclamer que « le déficit porte un nom : c'est une lâcheté ».

Paris ne le changera pas. Ce fils de cordonnier qui a vécu jusqu'à l'âge de 25 ans dans le gros bourg mayennais de Madré, en consacrant ses loisirs au football (il était arrière droit), a la province chevillée au coeur. Chaque matin, il épluche les nouvelles locales de l'Orne dans Ouest-France : « Quand on sait ce qui se passe chez soi, on sait comment va la France. » Chaque week-end, il se ressource en famille ­ il a quatre enfants ­ à Alençon : « C'est le meilleur moyen de se blinder contre un métier politique qui est parfois brutal. » On l'a compris, pour lui, « être traité de provincial est un compliment ». Ses visiteurs ne peuvent d'ailleurs pas s'y tromper : dans le salon d'attente attenant à son bureau, les plaquettes de promotion d'Alençon sont généreusement exposées.

Ne pas se perdre, rester enraciné : c'est l'obsession de ce littéraire diplômé de droit qui a construit sa carrière politique dans le terreau local, à partir d'un coup d'éclat. En 1985, à la surprise générale, il déboulonne la statue de Pierre Mauger, le maire socialiste d'Alençon, dès le premier tour. Son secret ? « Le porte-à-porte, discret mais efficace. » Le sillon est ouvert, il ne reste plus qu'à le creuser, consciencieusement. Maire, conseiller général, sénateur... tous les accessits démocratiques tombent dans son escarcelle, en même temps que les promotions professionnelles : président national du Conseil supérieur du notariat. Avec les titres de rapporteur général du Budget et de président de la commission des finances du Sénat et l'adhésion au groupe de l'Union centriste, il franchit l'ultime marche avant Bercy.

Bref, le comptable de l'entreprise France est la preuve que l'on peut réussir en politique sans le sésame de l'ENA, à la force de la pugnacité et du sérieux, ses deux labels reconnus. Pugnace et parfois colérique : quand on lui passe au téléphone un mauvais interlocuteur, son poing rageur menace parfois de briser son bureau. Sérieux mais moins rigide qu'il y paraît. Savez-vous que l'un des hommes politiques qu'il apprécie et qui le « fait rire aux éclats » s'appelle Michel Charasse ! Vous doutiez-vous que cette figure emblématique de l'honorabilité s'amuse à envoyer des SMS en plein Conseil des ministres ! Et qu'il cultive avec passion l'art de la photographie « spontanéiste ». Quand Alain Lambert vous paraît légèrement distrait au cours d'une conversation, regardez ses mains. Il est en train de vous tirer discrètement le portrait avec l'appareil miniaturisé que lui ont offert ses enfants. Et dites-vous que vous êtes mis à nu : « La photographie, dit-il, permet de découvrir les profondeurs de l'âme humaine. » Encore heureux qu'elle ne révèle pas mon infortune fiscale...

 

avec l’aimable autorisation de la rédaction

Recueilli par Paul Burel

 

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