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«Président
de l'association des maires de l'Orne». Parmi la liste, longue
comme l'avant-bras, des mandats du sénateur de l'Orne, le
titre laisse perplexe: Alain Lambert serait donc toujours
maire? En mai 2002, devenu ministre, il a pourtant
officiellement laissé son fauteuil à sa fidèle première
adjointe, Christine Roimier. Explications de l'intéressé:
«Etant parlementaire, je suis membre de droit du bureau de
l'association. Je pouvais donc en briguer la présidence.» Et
comment expliquer cette autre curiosité locale? Pour l'agenda
du sénateur, prière de s'adresser à Christophe Bouscaud, chef
de cabinet... de l'actuel maire d'Alençon. De quoi entretenir
une idée présente dans l'esprit de nombreux Alençonnais: le
vrai patron, c'est toujours lui.
«Avant, on disait:
“Comme M. Lambert n'est jamais là, c'est Mme Roimier qui fait
tout”, raconte celui qui fut un temps conseiller de Jacques
Chirac. Aujourd'hui, c'est plutôt: “Mme Roimier est le maire,
mais c'est M. Lambert qui est aux commandes.” En réalité, on a
toujours tout fait ensemble.» L'ancien notaire reconnaît donc
en creux qu'il orchestre toujours la stratégie municipale. «Il
tient les clefs du royaume, souffle un initié. Christine
Roimier est un très bon maire, mais elle agit sur ses
directives.»
Une gestion en tandem? A l'image des
armoiries de la ville: un aigle à deux têtes. «Ma lecture des
choses est beaucoup plus simple que ça, explique Alain Lambert
parmi les lambris du salon Valazé, son ancien bureau de maire,
à l'hôtel de ville. En 2001, j'ai été largement élu au premier
tour avec 60% des suffrages. Cette marque de confiance a une
durée de six ans. Je me sens donc redevable à l'endroit des
Alençonnais, même si je ne siège plus au conseil municipal,
empêché par la règle du cumul des mandats.»
Son
retrait progressif - il est resté maire adjoint aux finances
et président de la communauté urbaine d'Alençon (CUA) jusqu'en
2004 - a-t-il été préjudiciable à Christine Roimier? Elle qui
n'a jamais été élue sur son nom - défaite en 2001 aux
élections cantonales face à Joaquim Pueyo (PS) - a-t-elle
réellement les coudées franches? «D'abord, il ne s'agissait
pas d'une tutelle, mais d'une complémentarité, précise-t-elle.
J'ai pu m'appuyer sur son expérience, me concentrer en
priorité sur les dossiers municipaux avant de devenir, deux
ans plus tard, présidente de la CUA. Pour le reste, notre
liste a été choisie par les électeurs et je crois à la
légitimité des institutions. Je n'ai donc aucun problème de ce
côté-là.»
Jean-Claude Pavis, chef de file de
l'opposition municipale, a, lui, un désaccord sur le titre de
président honoraire de la CUA accordé à l'ancien édile. «C'est
un problème de démocratie, car cette fonction n'est pas
qu'honorifique. Alain Lambert est directement associé aux
travaux des commissions. Il est le véritable tuteur de la
CUA.»
L'intéressé pense déjà, pour sa part, à une
autre présidence: celle du conseil général de l'Orne, dont il
est le premier vice-président. Le député Yves Deniaud (UMP)
tue dans l'œuf tout suspense: «Ce n'est pas un secret. Il
prendra bientôt la place de Gérard Burel [UMP] à la tête du
département.» Ce dernier ne dément pas, mais note que son
«ami» garde aussi un œil sur la présidence du Sénat.
Alain Lambert se défend naturellement de vouloir
ajouter des plumes supplémentaires à son chapeau. Il se veut
seulement l' «envoyé des élus alençonnais». Bref, il pratique
l'art de se rendre
indispensable. |