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En lisant
Maurice Lévy (1), qui s'inquiète de la dégradation de l'image
de la France dans le monde, et Pascal Salin (2) sur les
blocages de la société française et la difficulté des élites
politiques à se remettre en question, j'ai pensé à la chanson
de Guy Béart : « Le premier qui dit la vérité, il doit être
exécuté » et à l'éternelle question philosophique : lorsque la
vérité dérange, faut-il lui préférer l'illusion qui réconforte
? L'un et l'autre manifestent leur exaspération et mettent
en cause la classe politique dans son ensemble. Une majorité
de Français de bon sens pense exactement ce qu'ils décrivent.
Et pourtant, rien ne change. Uni dans une étrange complicité,
le monde politique français continue à faire bouillir sa
petite soupe d'idées fausses sans que l'on parvienne à savoir
s'il se berce lui-même d'illusions ou s'il ment. Cette
question de l'illusion ou du mensonge n'est pas sans
importance, car elle détermine le choix des solutions à
apporter. Cependant, comme je postule qu'hélas les deux se
conjuguent souvent, le mieux consiste à chercher la meilleure
voie commune de sortie. Elle se situe, à l'évidence, à la
rencontre du courage et de la vérité. Au préalable,
rejetons ce présupposé qui paralyse la France : les Français
seraient réfractaires à la réforme ! L'excuse est trop facile
et fausse. Elle ruine l'éthique dans notre vie publique. Le
peuple ne demande pas à ses dirigeants d'être tranquillisé ou,
pis, anesthésié. Il attend d'être guidé. En second lieu,
érigeons d'urgence dans notre pratique politique une vertu
cardinale tombée en désuétude et qu'on accueille dorénavant
avec la douce ironie réservée aux naïfs. Quand elle n'est pas
désignée comme la signature évidente d'une hypocrisie
machiavélique ou d'un infâme reflux réactionnaire. Il s'agit
du courage. Que tous les Français courageux se lèvent
ensemble pour sortir enfin de la caverne décrite dans La
République de Platon et dissipent l'illusion qui réconforte
pour dévoiler le chemin de la vérité qui rendra aux Français
leur liberté et le principal attribut de leur dignité : la
responsabilité. Se complaisant dans une désinvolte
facilité, notre époque n'a plus assez reconnu cette belle
exigence du courage qui associe lucidité et détermination,
défie le conformisme et brave l'impopularité quand l'intérêt
général le commande. Le couple courage-vérité est
indissoluble. L'engagement politique digne de ce nom est animé
par un idéal et porte des valeurs fortes. Pour être fécond, il
doit être fondé sur le courage et une exigence de vérité. Pas
seulement le courage d'exprimer ses idées avant les élections
mais aussi de les défendre ensuite à l'épreuve de l'action, et
les traduire dans la vie du pays. C'est la condition de toute
réussite. Or l'exigence de vérité appelle à donner aux
faits qui touchent à la vie des Français le vrai nom qu'ils
portent. Appelons le « déficit » une lâcheté. Le
surendettement, une irresponsabilité qui aboutit à payer nos
dépenses avec le carnet de chèques de nos enfants.
L'assistance, une démagogie qui détruit la dignité de l'homme
; mais aussi une injustice à l'endroit de ceux qui travaillent
dur avec de petits salaires. Le travail est une obligation
porteuse de dignité et non une aliénation. Le capital, une
nécessité pour financer nos emplois, nos entreprises, et pour
en conserver le contrôle. L'excès de dépenses et de fiscalité,
un frein pour la croissance. La complexité administrative : un
cauchemar quotidien. Cessons de transformer le langage de la
politique en rengaine éculée où les mots perdent leur sens.
Proclamons la dignité souveraine et la primauté du travail
comme sources de richesse matérielle et morale. Affirmons que
l'activité doit demeurer la norme et le chômage, l'exception.
Pour créer richesse et emplois, la France a besoin de l'effort
de chaque Français en âge et en santé pour travailler.
Affirmons aussi sans complexe notre adhésion à l'économie
de marché reposant sur la liberté économique comme meilleur
gage de réalisation individuelle et de promotion sociale.
Libérons l'économie en réhabilitant et en encourageant le
beau risque d'entreprendre. Pour gagner, offrons à nos
entrepreneurs champions, petits et grands, un terrain
réglementaire, fiscal, social favorable. Refusons de nous
laisser diaboliser au motif que nous encouragerions la
réussite et le profit. Revendiquons-le. Soumettons l'Etat
à l'impératif d'efficacité. Instituons-le « faciliteur » avant
d'être contrôleur. Imposons-lui des guichets uniques afin de
renvoyer la complexité administrative dans son camp. En
quelques mois, il aura tout simplifié. Acceptons d'être
qualifiés de libéraux, en le prenant comme un compliment.
Soyons fiers d'être porteurs de la liberté, première promesse
de la République, premier mot de sa devise. S'il est vrai
que la pratique politique en France ne parvient plus à gagner
la confiance des Français, convenons que les idées et les
projets ne manquent pas. Ni même les hommes. Alors, brisons le
carcan de l'immobilité et du conformisme dans lequel ils se
sont enfermés. Refusons le court terme comme seule ligne
d'horizon. N'obéissons plus à la tyrannie du présent et à la
loi de la facilité. Nous brandissons notre modèle social
comme le meilleur du monde. Qui peut y croire quand on sait
qu'il a été financé depuis trente ans par le déficit, et qu'il
accuse un taux de chômage parmi les plus élevés ? Oui, la
France a longtemps éclairé le monde de ses valeurs.
Aujourd'hui, elle n'est trop souvent que sa propre caricature.
Ses incantations amusent. Seule la politique du vrai peut la
sauver du déclin qui la menace et lui donner la place à
laquelle elle prétend. C'est le but que s'est fixé au
Sénat un groupe de sénateurs réunis au sein du Club Courage et
Convictions. Il s'est constitué, il y a trois ans, avant la
présidentielle, pour affirmer ses idées rassemblées dans son «
Manifeste pour des valeurs ». Il les croit toujours d'une
criante actualité. Et continuera sans relâche à les défendre.
Le peuple attend impatiemment de ses dirigeants un cap, une
vision, un sacrifice de carrière personnelle offert au profit
de tous les Français. S'il est en effet seul souverain pour
valider les orientations qui lui sont proposées, les élus ont,
eux, pour premier devoir de proposer et d'ouvrir des voies
ancrées dans la réalité, et de les mettre en oeuvre, sans
faiblesse ni démagogie. Seul ce courage et cette exigence de
vérité rendront à la France et aux Français audace, élan,
volonté pour engager le renouveau tant attendu et retrouver
confiance. *Ancien ministre, sénateur, fondateur du Club
Courage et Convictions. (1) Le Monde, 29 juillet. (2) Le
Figaro, 2 août.
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