Cest lété de la croissance. Chacun sen dispute déjà les
mérites. Le gouvernement, le premier. A l'en croire, il lordonne et la convoque à
sa guise. La preuve : elle obéit. Elle est au rendez-vous, et avec elle dabondantes
recettes pour lEtat et la sécurité sociale. Mais tout cela nest
quillusion.
Si lavenir de la France nen dépendait pas, on se
prêterait à en rire. Contrairement à ce que l'on peut entendre ici ou là, nos finances
publiques ne sont pas en excédent : notre déficit est le plus dégradé
dEurope. La France connaît aussi les impôts et les dépenses publiques parmi les
plus élevés du monde industrialisé. Et pour quels résultats ? La France souffre
dun des niveaux de chômage les plus élevés. Et en cette fin dannée de
prospérité prétendument retrouvée, il faut majorer les crédits du RMI de 3,4
milliards de francs. Si croissance il y a, elle nest pas pour tout le monde. Voilà
la réalité.
Au risque de gâcher la fête, serait-il insolent de rappeler que les temps de
« vaches grasses » ne sont pas offerts à lego ou au triomphalisme des
dirigeants au pouvoir, quels quils soient, mais quils sont autant de moments
rares et brefs pour réaliser les réformes de structure dont tout Etat moderne a besoin ?
Que fait le gouvernement ? Rien.
Que fait le gouvernement dans ce domaine ? Rien, il se contente dencaisser les
dividendes versés généreusement par des Français écrasés dimpôts, et
prépare, pour une autre majorité peut-être, les lendemains qui déchantent. Sur les
retraites, la fonction publique, la réforme de lEtat,
lassurance-maladie : rien. Et sur les prélèvements, encore
lillusion : quelques baisses dans le budget, beaucoup de hausses dans la loi de
financement de la sécurité sociale. Depuis 1997, le gouvernement annonce la baisse pour
demain. Et demain ne devient jamais aujourdhui.
Il n'y a pas de fatalité de la dépense et de l'impôt. Et pour
cause. Chacun sait bien que limpôt est égal aux dépenses et quil augmente
avec elles. Chaque Français sait aussi que les dépenses publiques engendrent deux
impôts : limpôt avoué (celui prélevé chaque année) et limpôt caché (le
déficit), celui renvoyé à plus tard, à nos enfants qui devront honorer notre dette.
Celle-ci augmente toujours, et passera de 5 334 milliards de francs en 1999 à 5 492
milliards en lan 2000. Il faudra bien la payer un jour ! Ce ne peut être que
par limpôt.
Les problèmes de fond.
A moins de sattaquer aux dépenses. Il est faux de prétendre quil est
impossible de les réduire, qu'il y aurait une sorte de fatalité. La vérité est que
leur maîtrise pose la question fondamentale du format et du fonctionnement de
lEtat.
Dans les dix ans qui viennent, le quart des personnels du secteur
public partira à la retraite. Sommes-nous prêts à saisir cette chance pour fixer le cap
et admettre que dans une économie moderne et ouverte sur le monde, un pays compétitif ne
peut supporter le fardeau dun secteur public aussi lourd ? Non : le
gouvernement continue daugmenter les effectifs de la fonction publique, et une bonne
part des emplois-jeunes finira par y être intégrée.
Sagissant des retraites, illusion toujours :
lassurance-vieillesse est excédentaire en 1999 car nous sommes dans lil
du cyclone, avec larrivée à lâge de la retraite des classes creuses nées
pendant la dernière guerre mondiale. Le fonds de réserve nest quune rustine
sur un cratère. Le gouvernement annonce 10 milliards de francs en 2000, alors quil
faudrait au moins 5000 milliards à lhorizon du siècle prochain si on ne touche pas
aux sacro-saints avantages acquis !
Sagissant de lemploi, qui osera enfin avouer aux
Français que depuis 25 ans notre pays a fait le choix délibéré de privilégier ceux
qui ont un emploi contre ceux qui nen ont pas ? Combien de temps
laisserons-nous diaboliser le simple mot de « flexibilité » perçue comme une
grossièreté, un mot tabou, politiquement incorrect, si révélateur d'une grave
méconnaissance de la réalité économique. Car aucun pays na aujourd'hui retrouvé
le plein emploi sans introduire des éléments majeurs de souplesse dans le marché du
travail.
Je veux proclamer quen période faste le service serein et
exigeant de la France mérite mieux que les griseries de lautosatisfaction, que
labandon à la facilité du moment, que le renvoi à plus tard des réformes
indispensables au seul motif quelles peuvent compromettre les prochaines échéances
électorales.
Lopposition a bien tort de persévérer dans son
autoflagellation, elle doit au contraire consacrer toute son énergie, sa foi, son
courage, sa détermination à faire enfin de la politique, au sens grec du terme,
cest-à-dire à éclairer lavenir, à offrir les voies et moyens du progrès,
en sollicitant l'intelligence, la fierté et la dignité des Français.
Alain Lambert
Sénateur-maire d'Alençon
Président de la Commission des finances du Sénat