Discours dinvestiture du président
Assemblée générale du Conseil supérieur du notariat
octobre
1996

Messieurs les présidents, mes chers confrères, chers amis,
Le mandat de ceux qui, parmi nous, siègent pour la première fois sachèvera en
octobre de lan 2000. Le troisième millénaire sera alors né. Pour vous, pour nous,
qui sommes ensemble le gouvernement de la profession, la préparation de ce rendez-vous
avec lHistoire revêt une dimension symbolique exceptionnelle. En octobre 2000, que
sera le notariat ? Que voudrions-nous quil soit ? Ce sont les questions que je vous propose
dexaminer ensemble puisque telle
est notre mission. Car la fonction dont nous sommes investis aujourdhui, la vôtre
en qualité de délégués, la mienne comme président, est en effet une fonction de
gouvernement, de gouvernement de la profession. Notre mission est dessence politique
au sens étymologique, au sens le plus noble du terme, celui de lorganisation, du
développement du notariat français.
Et sil fallait dun mot, dune idée, définir lhorizon ou
lorientation générale de notre mission, je dirais permettre à la France et à
lEurope de choisir parmi les deux grands systèmes juridiques qui saffrontent
(le système anglo-saxon et le système romano-germanique) celui qui lui a été légué
par lhistoire de notre continent, celui qui correspond à lâme profonde de
notre nation, celui qui fonde notre civilisation.
Dans cette confrontation rude, ancienne, redoutable même parce quelle prend souvent
la forme dun affrontement entre la Tradition et la Modernité, il est évident que
le notariat français, les notaires français ont un rôle essentiel et déterminant à
jouer. Ils ont à montrer que, dans une France qui demeure et une Europe qui se construit,
ils sont les ferments naturels de la cohésion et du progrès. Ils ont à réconcilier la
Tradition et la Modernité. Aussi le but auquel jappelle tous les notaires de France, et vous-même au premier
rang, est de confirmer lappartenance de la France et de faire adhérer lEurope
à un système juridique dans lequel le notariat sera, demain comme hier, toujours
légitime pour dire le droit. Dans lequel aussi, toutes les forces des notaires seront,
demain encore plus quhier, mobilisées pour créer le droit.
Cest à ces deux volontés que je consacrerai la totalité de mon propos ce matin.
Je ne vous parlerai donc pas, sauf exception, des dossiers en cours. Mais je vous ferai
remettre, dans un instant, des fiches contenant lanalyse de ces dossiers et des
indications sur les orientations que je vous propose. Afin de bien fixer les idées de
chacun, je vous les cite : la révision du tarif, la publicité personnelle, la campagne
de communication, lentrée de la C.D.C. dans le capital dUNOFI, la mise en
uvre des spécialisations, la réforme de la formation des clercs, les relations
avec les agents immobiliers, les suites de la résolution du Parlement européen sur le
notariat (« rapport Marinho »), lactualité législative et réglementaire.
Mes chers confrères, la légitimité est la force la plus
importante de notre profession, sa valeur fondatrice, la clé de la reconnaissance de son
utilité publique et sociale absolue. Cest pourquoi, je lui consacrerai la première
partie de mon propos.
Une légitimité fondée sur lhistoire.
Jai dit, il y a un instant, que, dans le système juridique français et européen,
le notariat sera toujours légitime pour dire le Droit. Cela veut dire, dabord, que
lhéritage historique qui fonde notre activité, ne sera pas remis en cause, tant
que nous en serons dignes. Quel est cet héritage ?
Pour nous aider à mieux le connaître, je vous ai fait remettre le texte dune
conférence prononcée en 1981 par Jean Foyer devant lInstitut International
dHistoire du Notariat. Vous lirez la description de la procédure «
dinsinuation », fondée par lempereur Constantin, au IVe siècle après
Jésus-Christ, et qui constitue véritablement linvention du mécanisme juridique de
lauthenticité.
Après cette lecture, vous serez, je pense, convaincus que, si les procédés institués
pour conférer lauthenticité ont évolué au fil du temps, le mécanisme juridique,
lui, na pas varié. Quil sagisse dune « insinuation », dun
procès fictif ou dune action interrogatoire, lacte authentique est
lacte quun magistrat a jugé tel parce que les parties ont librement affirmé
devant lui quelles en reconnaissaient le texte, et que ce texte exprimait leur
volonté sincère. Lacte authentique est donc légal dun jugement dont
le dispositif serait arrêté par les parties elles-mêmes.
Cette assomption de laccord intervenu entre des individus au rang dun jugement
se marque aujourdhui par lapposition dun sceau. Mais, aujourdhui
comme hier, ceux qui jugent, comme ceux qui apposent le sceau, ne peuvent conférer une
force supérieure à leurs jugements ou à leurs actes que parce que leur voix est celle
de lÉtat, leur main est celle de lÉtat. Voilà pourquoi, cest à
lautorité particulière qui sattache à nos actes, et que nous tenons de
lÉtat, que se mesure notre légitimité. Alors, me direz-vous, lÉtat
lui-même, doù tient-il sa légitimité ? Et cette légitimité nest-elle pas
menacée par la crise quil traverse ?
Une légitimité fondée sur le Contrat social.
A cette question fondamentale, je réponds oui. Oui, lÉtat est en crise, et plus
encore, la notion dÉtat est en crise. Les symptômes en sont connus de tous :
dilution inquiétante des responsabilités, sclérose dans le fonctionnement des services
publics, poids excessif des prélèvements obligatoires. Ajouterai-je ce phénomène qui
aggrave encore linquiétude ? Lincapacité à se réformer : nous les
notaires, nous sommes, si je puis dire, « aux premières loges » pour constater
linefficacité, et même plutôt la perversité de ce flot législatif et
réglementaire par lequel les Pouvoirs publics tentent de remédier à la crise. Avec
8.000 lois et 80.000 décrets actuellement en vigueur, avec plus de 10.000 circulaires
publiées chaque année par ladministration (sans compter les 20.000 règlements
communautaires), ce nest plus du Droit que produit lÉtat, cest du
risque, cest du danger, cest du poison pour la société !
Nos compatriotes accepteront-ils ou non de renoncer à la notion dÉtat-providence
qui a pris corps au début du siècle, pas seulement en France dailleurs, et qui,
aujourdhui, se trouve battue en brèche de toutes parts ? Tous les débats en France
et dans lUnion européenne sur la notion de service public tournent autour de cette
question.
Le notariat français a naturellement son mot à dire et des positions à prendre dans ce
débat. Ce débat est dailleurs ouvert au sein de la Conférence des notariats
européens. Celle-ci offre à la Commission et au Parlement européens, des contributions
importantes qui font suite à la résolution du Parlement prise en réponse au rapport
Marinho, sur la situation du notariat dans les États membres de lUnion.
La position unanime adoptée par la Conférence est particulièrement intéressante à
rapporter, au plan des idées, car elle est aussi une réponse aux interrogations sur la
légitimité des États et des notariats. Schématiquement, elle sappuie sur
lidée que les fondements de la légitimité des uns et des autres sont communs. Ces
fondements sont les besoins de la vie en société, ce que lon appelle
aujourdhui les besoins des consommateurs ou des usagers, et que Jean-Jacques
Rousseau appelait le « Contrat social ». Rousseau entendait par ce terme la possibilité
donnée à chaque citoyen de voir sa personne et ses biens défendus et protégés « de
toute la force commune ». Le Contrat social devait donc, tout en garantissant la
liberté, assurer la sécurité des citoyens.
Est-il besoin de souligner que ce besoin de sécurité est toujours actuel et quil
na sans doute, depuis deux siècles, jamais été aussi exacerbé ? Quil
sagisse déchapper aux conséquences de la mondialisation, dencadrer les
aléas nés de la libéralisation, de se soustraire aux ravages de la fracture sociale, ou
encore de se protéger contre les excès et les abus du droit, la demande de sécurité
est omniprésente.
Afin de mieux appréhender le contexte administratif, économique et social de la France
et de lEurope contemporaines, et dacquérir les connaissances utiles à
lexercice de notre mission de gouvernement de la profession, je vous propose la
création dun cycle de formation à notre seul usage et conçu à notre intention
par la Fondation nationale des Sciences Politiques. Ainsi éclairés sur le contenu des
grands dossiers de lheure, nous pourrons mieux répondre à la seule véritable
question qui, selon moi, se pose à propos de notre légitimité : comment toujours la
renforcer ? Comment agir pour quelle reste vivante, pour quelle ne soit pas
frappée par cette sclérose qui sest emparée dune partie des services
publics en France ?
Une légitimité en action dans la rédaction des contrats.
Et bien ! en faisant ce que nous savons faire, cest-à-dire en rédigeant des
contrats, en recevant des actes. Les contrats que nous établissons ne sont, en effet,
rien dautre que la traduction, entre un nombre limité de personnes, des principes
du Contrat social qui, au niveau supérieur de la société tout entière, donne naissance
à lÉtat.
Lorsque, jour après jour, nous nous employons à recueillir les volontés de nos
compatriotes, dans leur infinie diversité, à maîtriser la complexité de leurs
relations, à trouver des solutions originales pour concilier des intérêts, des enjeux
qui paraissent antagonistes ou étrangers, dune certaine manière, nous instituons
à chaque fois, dans ce cercle restreint du contrat, un équilibre entre des besoins de
liberté et des besoins de sécurité, cest-à-dire le modèle réduit dun
État. Nous faisons ainsi uvre de législateurs : non seulement nous disons le
Droit, mais encore nous le créons. « Lex est quod notamus ». Et cette légitimité est
encore renforcée par lobligation qui nous est faite de veiller à la bonne
articulation entre lintérêt du corps social tout entier et les intérêts des
individus qui sunissent par un accord particulier.
En résumé, jexprimerai donc par deux affirmations ma foi profonde dans la
légitimité du notariat :
le notariat est un service souverain de lÉtat ;
la légitimité du notariat se vérifie par les actes quil rédige, qui sont
des actes créateurs de Droit et qui sont, pour cette raison, établis sous le sceau de
lÉtat. Cest pourquoi je suggère, à lavenir, puisque le terme
dacte authentique nest pas compris, de parler, à chaque fois que cela sera
possible, « dactes sous le sceau de lÉtat », ce qui sera strictement
conforme à la réalité et qui distinguera mieux encore nos actes des actes sous seing
privé.
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II - Les notaires mobilisés pour créer le droit
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retour
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Ainsi, mes chers confrères, fort de sa légitimité, le notariat
dispose datouts solides pour saffirmer dans le concert des professions et au
sein de la société. Mieux, lévolution même des États modernes appelle un
considérable développement de son activité de créateur de Droit.
Mon message - notre message, si vous lapprouvez - pourrait donc être de dire à
tous nos confrères : en avant ! en avant pour préparer lavenir ! en avant pour
relever les défis qui barrent encore nos ambitions : le défi de la communication, le
défi de la compétence, le défi de la technologie, le défi de la concurrence, le défi
de la mobilisation.
Le défi de la communication.
Expliquer simplement ce que nous faisons,
doit être notre constante préoccupation. Cest loccasion pour moi de saluer
limportance et la qualité du travail accompli par mes coéquipiers du précédent
Bureau et par les confrères spécialistes ; ce travail servira de base aux décisions à
prendre, en ce domaine, au cours des prochains mois.
Mais nous devons, en même temps, engager un effort tout particulier pour clarifier notre
pensée et éclairer les enjeux de lévolution de notre Droit. Car notre mission
dans la société est au cur du processus dévolution de notre système
juridique. La France et lEurope (qui se construit trop lentement de ce point de vue)
sont confrontées au vaste mouvement duniformisation et de standardisation
quengendre la mondialisation.
Le monde devient un village planétaire. La toute puissance américaine tient lieu de
pensée universelle. Le marché commande à tout, à léconomie, à la finance, mais
aussi à la vie en société, au droit, à la justice. LÉtat et la Justice sont
ramenés au rang de simples agents du marché. Rien nest plus étranger à notre
mentalité, à notre idéal de civilisation. La nécessaire compétitivité de notre
économie, de notre nation, doit se fonder sur notre propre culture, sur
laffirmation de nos propres valeurs.
Promouvons une certaine idée du droit, faisons mieux connaître les finalités de notre
intervention qui est duvrer pour la sécurité juridique totale, pour la
liberté contractuelle, la responsabilité et pour lÉtat de droit.
Une vraie réflexion et un débat approfondi sur ce thème seraient plus convaincants que
les oppositions souvent sommaires et manichéennes qui sexpriment ici ou là entre
avocats et notaires ; à mes yeux, la profession qui se livre à la polémique ne se
grandit jamais. Cela étant, je suis bien convaincu que nous ne relèverons pas ce défi
si nous ne relevons pas en même temps le défi de la compétence.
Le défi de la compétence
.
Je veux parler de notre compétence dans les matières juridiques nouvelles. Il y a
aujourdhui dans lopinion publique de vifs débats qui débouchent, au niveau
national, comme au niveau communautaire, sur lélaboration de nouvelles
législations uniformes, de nouveaux codes, dans des domaines du droit eux aussi nouveaux
: droit de la consommation, droit de lenvironnement, droit de la propriété
intellectuelle, droit du travail, etc...
Ainsi, le processus de création du droit par le biais des législations unificatrices et
centralisatrices se trouve à lhonneur ; il attire sur lui les feux de
lactualité, alors que la création du droit par laccord direct entre les
individus réunis sous le sceau de lÉtat, reste trop largement méconnue. Comment
rétablir une balance égale entre eux ?
Le premier remède est entre nos propres mains. Soyons un notariat au fait des droits
émergents ; un notariat capable dinstruire le monde politique, économique et
social sur la manière déviter les corsets législatifs, un notariat capable
dapprendre aux responsables à faire le tri, dans les sociétés humaines complexes,
entre ce qui est commun à tous les individus et réglé par des lois générales, et ce
qui est propre à quelques-uns et réglé par leurs accords particuliers. Soyez assurés
que de telles leçons seraient bénéfiques aussi bien à Paris quà Bruxelles !
Le second remède, il nous faut aller le chercher à lextérieur. Pour entreprendre
ces immenses tâches de recherche et de pédagogie, nous ne disposons pas, dans nos
propres rangs, de toutes les ressources humaines nécessaires. La passerelle créée pour
laccueil des conseils juridiques répondait à cette préoccupation. Elle a
malheureusement produit des résultats inférieurs à nos espoirs.
Au delà, je pense quil demeure vital daccueillir dans nos rangs des
personnalités qui aient, certes les compétences nécessaires pour exercer notre
profession, mais qui partagent aussi notre vision de la société et du droit. Parmi les
hauts fonctionnaires, les magistrats, peut-être même les avocats, parmi les professeurs,
se trouvent, jen suis sûr, des esprits brillants et dévoués à lintérêt
général, qui rejoindraient volontiers nos rangs, sous le sceau de lÉtat. En
rejoignant le notariat, ces personnalités nous apporteront leurs connaissances et leurs
expériences et contribueront aussi à promouvoir nos idées dans les débats de
société.
Je propose donc au Bureau de travailler activement pour permettre cette ouverture, cette
réforme que jaurais, personnellement, tendance à considérer comme stratégique
pour la profession.
Le défi de la technologie.
Sans doute, cet apport de sang neuf ne suffira pas, à lui seul, à élargir le champ de
nos compétences. Encore faut-il que ces compétences circulent, comme le flux sanguin, à
travers tout le corps notarial. Et quelles circulent vite !
Cette nécessité de la circulation rapide de linformation et de la communication
est le troisième défi qui nous est lancé : cest le défi de la technologie. Les
nouvelles technologies de communication nous offrent une chance extraordinaire de rendre
de nouveaux services, mais cette chance, nous devons bien la mesurer et, naturellement,
nous devons la saisir.
Sur ce plan, par contre, cest avec une vigilance critique que je suis les travaux en
cours, à travers le monde, sur le « notaire cybernétique ». Car les mots sont parfois
trompeurs, et jai le sentiment que cette C.A.O. dun nouveau type,
cest-à-dire cette « contractualisation assistée par ordinateur », cache des
recherches pour améliorer les modes de preuve en cas de litige, beaucoup plus que
lamélioration des processus contractuels proprement dits.
Cette mise en gare ne vise pas à nous décourager, mais, au contraire, à montrer tout
lenjeu qui sattache à ce que nous soyons les premiers, parmi les
professionnels du Droit, à utiliser intensivement les nouvelles technologies et donc, à
en fixer les finalités et les modes demploi.
Nous avons pris, avec lopération « télécopieurs », une longueur davance,
nous la garderons si, comme je lespère, lopération « Solutions CD-ROM » se
révèle un succès ; ensuite il y aura dautres étapes. Je pense notamment au
maillage par réseau télématique ou par Internet entre les offices eux-mêmes ainsi
quentre les offices et les organismes professionnels. Détape en étape,
souvrira pour nous la possibilité de travailler toujours plus vite, toujours plus
efficacement, toujours mieux en commun.
Le défi de la concurrence.
Si la demande de droit explose, loffre de services et le nombre de professionnels
opérant sur ce marché nen explose pas moins ; nous devons donc faire face à une
concurrence de plus en plus vive. En ce domaine, je trouve stérile et vain le
dénigrement systématique des autres professions.
Selon moi, à force intrinsèque égale, à compétence identique, ce qui, dans
lavenir, permettra à un professionnel du droit dêtre préféré à un autre,
ce sera sa capacité à se mobiliser pour répondre au plus près aux besoins nouveaux de
son client.
Sur ce plan, nous avons, nous les notaires, lhabitude de nous mobiliser pour nos
clients. Mais, ce qui est aujourdhui nouveau par rapport au passé, cest qu'un
notaire, seul, peut de moins en moins répondre aux besoins de plus en plus globaux et
complexes de ses clients.
Dans lavenir, notre rôle dans la formation des contrats, résultera non plus de
lactivité individuelle dun seul, mais de la coopération de deux ou plusieurs
dentre nous, associant chacun ses spécialités et communiant dans les mêmes
valeurs. Nous devrons apprendre à travailler en commun, en groupements et sans doute en
réseaux.
En employant ce mot de réseau, jai parfaitement conscience demployer un terme
qui a fait lobjet de débats parfois passionnés dans cette enceinte et, plus
encore, en dehors de ces murs, et donc, de me hasarder sur un terrain qui a divisé
inutilement les notaires.
Mais je ne peux pas vous cacher ma conviction que cette question doit être plus
complètement traitée, souhaitant quelle le soit dans le cadre qui est
véritablement le sien, cest-à-dire le cadre de la concurrence. En ce domaine, il
faudra faire preuve dun très grand pragmatisme dans la forme, mais dune très
grande rigueur sur le fond. Dans la forme, il mapparaît évident que toutes sortes
de réseaux pourront voir le jour au sein de la profession. Je dirai même que toutes
sortes de réseaux ont déjà vu le jour, notamment par leffet des contrats de
développement. Comme il a commencé à le faire depuis 1993, le Conseil supérieur devra
veiller à tenir à jour la liste de ces réseaux, dès lors quils seront organisés
de manière formelle ; mais il subsistera toujours le champ immense des réseaux
informels, et je ne vois pas au nom de quoi le Conseil supérieur ferait obstacle à son
développement. Jaffirme, au contraire, que le premier des réseaux du notariat, le
vrai grand réseau, cest la profession notariale tout entière.
En revanche, dès lors que les usagers trouveront dans les réseaux les services rendus
aujourdhui par les notaires pris individuellement, il conviendra de veiller très
attentivement à ce que les structures mises en place ne fassent pas écran entre les
clients et les notaires eux-mêmes. Ces structures auront pour but de faciliter la
coopération entre les notaires, de permettre les relations à distance, de faciliter la
réunion de plusieurs spécialités pour létude des dossiers ; elles devront se
garder de se comporter comme si elles étaient elles-mêmes des notaires.
Incontestablement, lexistence des réseaux peut soulever des questions touchant aux
valeurs de notre profession. Cest pourquoi, la mise en uvre dun certain
pouvoir disciplinaire spécifique à ce type dorganisation devra sans doute être
envisagée. Pour ma part, je ne suis pas fermé à lidée de confier un tel pouvoir,
sous des formes et selon des modalités à déterminer, au Comité des Réseaux, déjà
créé au sein du Conseil supérieur. Mais soyons lucides et responsables, faisons en
sorte que les préoccupations disciplinaires noccultent pas lessentiel : les
notaires seront de plus en plus appelés à travailler en commun, il faut donc leur en
donner le goût et les moyens.
Le défi de la mobilisation, mes chers confrères,
est le plus grand des défis. Je veux faire de cette mobilisation le chantier des
prochains mois. Je propose donc que le Conseil supérieur du notariat invite tous les
notaires de France à réfléchir ensemble sur les thèmes que je viens daborder
devant vous. Nous, les notaires, estimons-nous appartenir véritablement à un service
souverain de lÉtat ? Partageons-nous la philosophie contractuelle de la société
qui repose, en définitive, sur la confiance dans lhomme ? Quelles responsabilités
souhaitons-nous confier à nos structures ? Sommes-nous prêts à nous engager dans
lutilisation des nouvelles technologies, à travailler en réseaux ?
Pour réaliser cette consultation, nous demanderons aux organes statutaires de la
profession, Conseils régionaux et Chambres départementales, de nous aider à recueillir
lopinion de tous nos confrères en utilisant les méthodes participatives les plus
modernes et les plus appropriées. Nous leur fournirons toute lassistance technique
nécessaire et pensons faire appel à des spécialistes qui ont déjà apporté au Conseil
supérieur un appui technique très apprécié.
Avec laide de tous, et avec la participation de chacun dentre nous, des
organismes volontaires de la profession, et en intégrant aussi les contributions
volontaires qui pourront nous être adressées, nous parviendrons à un document de
synthèse à partir duquel nous aurons ici, en Assemblée générale, à dresser un
programme dactions pluriannuelles pour la profession.
En définitive, cest donc sur lélaboration dun véritable projet de la
profession que pourra déboucher, à la fin de 1997, la démarche que je propose à
lensemble des notaires de France.
Mes chers confrères, chers amis délégués, à linstant
de notre installation dans nos fonctions de gouvernement du Notariat français, je veux
vous dire combien je crois que gouverner, cest savoir éclairer les enjeux
essentiels, savoir distinguer lessentiel de laccessoire, savoir reconnaître
lucidement nos atouts et nos faiblesses.
Gouverner, faire de la politique (professionnelle), cest aider les siens à relever
des défis. Dans mon propos, jai cité nos principaux défis : les défis de la
légitimité, de lintelligence juridique, de la communication, de la concurrence, le
défi technologique, le défi de la mobilisation. Ces défis, nous les relèverons en
ayant foi en nous-mêmes, foi dans notre rôle, dans la mission souveraine que nous
exerçons au nom de lÉtat, au nom de la société, que nous exerçons comme
lexprime la formule exécutoire, au nom de la République, au nom du peuple
français.
Comme nos prédécesseurs, nayons de cesse daller de lavant, de ne
jamais quitter des yeux la ligne dhorizon. Cet horizon, cest lan 2000,
cest lUnion européenne où sécrit et se construit le droit de demain.
Sachons ensemble être bâtisseurs de ce monde de demain, et non simples spectateurs
passifs et consentants dune histoire écrite par dautres. Dans cette belle,
magnifique fonction de gouvernement qui commence ce matin, noublions jamais,
(empruntant la formule du Général de Gaulle), de toujours guider les notaires de France
vers le haut, ne leur montrant dautre but que la cime et dautre route que
leffort.
M Alain Lambert, président du Conseil supérieur du Notariat
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