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| Les objectifs donnés par lÉtat au notariat | |
Tous les Français attendent de lÉtat quil soit fort et efficace dans les domaines où aucun autre pouvoir ne peut légitimement sexercer à sa place. Dans une période de changements rapides, ils attendent quil les aide à maintenir notre société unie et solidaire, quil permette à la France dentrer dans la modernité sans renier ses valeurs républicaines. Avec de tels objectifs de progrès et de justice, les notaires se sentent naturellement mobilisés dans leur domaine de compétence : le service du droit, le service de lauthenticité. |
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Le projet de l'État pour l'authenticité ? Mais dabord, quest-ce donc que lauthenticité ? Serait-ce une invention pour justifier lexistence des notaires ? Non. Comme vous lavez vous-même déclaré dans un important discours de politique juridique générale, à Bangkok, en février 1996, lauthenticité a été inventée parce quil sest avéré nécessaire que lÉtat confère à des conventions la garantie et la sécurité dun jugement en dernier ressort. |
A dire vrai, jestime que ces questions ont souvent souffert dêtre posées dune manière trop manichéenne. Pour ma part, je retiens plutôt lhypothèse dune convergence, dune sorte de métissage entre les deux systèmes. Comme vous le notiez, monsieur le garde des Sceaux, lors de votre discours de Bangkok, la France sest toujours sentie une vocation à luniversel ; elle reste fidèle à elle-même lorsquelle propose au monde un droit qui sinspire de ses valeurs éternelles et humanistes, cest-à-dire la dignité de la personne humaine, la recherche de lharmonie sociale, léquilibre des relations contractuelles. Le notariat dans le champ contractuel. Or, dans cette période où le vent libéral souffle sur lEurope, voilà soudain que le droit anglo-saxon fascine les plus entreprenants de nos compatriotes ; ils y voient lunivers parfait pour lépanouissement de la liberté conventionnelle et de linitiative économique. Voilà soudain quun système juridique aussi porteur dinsécurité, aussi tourné vers le contentieux apparaît comme le lieu idéal du contrat. Mais le contrat est aussi inscrit au coeur de notre droit latin, il figure au fronton de notre code civil. Si le champ contractuel sest autant réduit en France, ce nest pas faute de cadre juridique adapté, cest en raison de lenvahissement systématique des dispositions dordre public. A chaque fois que le domaine de lordre public sétend, cest le champ de la liberté contractuelle qui se réduit. Ceci nest pas affaire de système juridique, mais de contenu législatif. Jai largement fait appel à lÉtat, au début de mon propos, affirmé sa légitimité à conférer, par la voie notariale, sécurité et efficacité aux conventions librement consenties par les citoyens. Mais je veux tout autant suggérer, sans craindre de me contredire, quil renonce à la tentation de vouloir, au moyen de dispositions contraignantes, gouverner la vie des français dans son plus menu détail. Cette évolution tatillonne de notre droit a paralysé le pays. Il est temps de revenir à un équilibre plus réaliste entre la norme et le contrat, laissant à ceux dont cest la mission (les notaires) le soin de garantir léquilibre des relations sociales au moyen des actes reçus sous le sceau de lÉtat, formant la loi voulue et choisie par les parties. Au moment où se bâtit lEurope , nous pouvons offrir une réponse qui sinspire de ces préceptes. Telle est ma conviction. Et quand je dis « nous », je ne pense pas seulement aux notaires, je pense à lensemble des professionnels du droit. Ceci me donne loccasion de clarifier notre pensée sur le mythe de la profession unique, avocats/notaires. Mes chers confrères, dès mon installation, jai déclaré que je ne nourrirai aucune polémique professionnelle. Bien au contraire, je réaffirme devant vous aujourdhui que la grandeur dune fonction réside dans le service exclusif du bien commun. Les avocats et les notaires auraient bien tort de se combattre et daccréditer dans lopinion lidée que leurs intérêts propres dominent lintérêt supérieur dont ils ont la charge. Chacun, lorsquil y réfléchit, voit bien que lauthenticité et la postulation sont deux missions qui ne peuvent sexercer que par deux juristes différents. Lauthenticité sapparente à un jugement en dernier ressort. Elle exige léquilibre, le respect scrupuleux des intérêts des deux parties. La postulation vise à défendre un justiciable qui est en droit dattendre précisément que ses intérêts soient défendus au maximum. Les avocats nont rien à craindre ni à redouter de lauthenticité du notaire, elle peut au contraire constituer pour eux un recours utile comme processus rapide conférant lautorité de la chose jugée aux accords transactionnels intervenus entre leurs clients. Les notaires nont rien à envier de la postulation dont la vocation nest pas compatible avec le caractère magistral de leur mission. Je souhaite que les années qui nous séparent du siècle prochain soient mises à profit pour que les deux grandes professions de droit, avocats et notaires, notaires et avocats, coopèrent pour offrir au monde et à lEurope en construction un droit qui favorise la cohésion, lharmonie sociale et lefficacité économique. Et puisque nous cherchons à dessiner le meilleur modèle, il est remarquable de constater que le notariat répond, de surcroît; exactement aux principes constitutifs des services publics auxquels, nous le savons, nos contemporains sont très attachés, principes de continuité, dégalité et duniversalité. Vous me pardonnerez de les illustrer en les appliquant au service public notarial. Sagissant du principe de continuité, je lillustrerai dun mot excellent du doyen Sourioux :« Quelquun a-t-il, dans notre pays, le souvenir dune grève de lauthenticité ? » Sagissant du principe dégalité dans laccès au service public, il est garanti, en particulier, par lexistence de notre tarif. A ce sujet, je veux, monsieur le garde des Sceaux, vous remercier pour laccueil attentif et bienveillant que vous avez bien voulu nous réserver à propos de cette question. Le 9 octobre dernier, le président Jacques Lièvre vous a soumis une demande dadaptation de notre tarif. Vous avez bien voulu, ainsi que vos services, reconnaître le caractère justifié et raisonnable de cette demande, tout comme la qualité du dossier présenté. Son instruction est actuellement en cours et la discussion est engagée, chose utile en cette matière, avec les services de Bercy. Je crois néanmoins pouvoir dire quil existe une totale identité de vues entre le Gouvernement français et le notariat pour admettre la nécessité du tarif des notaires. Il ne nous sera pas demandé de nous transformer en commerçants pour rendre le service public de lauthenticité. Le voeu que je forme donc, en cet instant, est seulement que la formation dun nouveau Gouvernement ne retarde pas le processus dadoption du décret qui rendra effective la révision tant attendue. Enfin, la dernière caractéristique du service public est son universalité. Le service public notarial, cest-à-dire le service public des actes authentiques, est rendu aujourdhui par 7.600 notaires, dans 4.600 offices répartis sur lensemble du territoire, auxquels il faut ajouter 1.200 bureaux annexes. 45.000 personnes dont 1.500 notaires assistants accueillent chaque année 15 millions de clients, reçoivent plus de 4 millions dactes exprimant 2.000 milliards de capitaux. Puis-je ajouter que ce réseau notarial sétend sur dix pays de lUnion européenne où plus de 30.000 notaires délivrent lauthenticité au nom de leurs États respectifs et reçoivent des dizaines de millions dactes directement exécutoires sur lensemble du territoire de lUnion. Cest en ce sens que le notariat répond par avance aux critères du service dintérêt économique général ou de service universel, tels que la doctrine de la Commission de Bruxelles et la jurisprudence de la Cour de Justice européenne commencent à les dégager. Monsieur le garde des Sceaux, si la France souhaite, dans le concert des puissances mondiales, promouvoir les valeurs et principes universels inscrits dans son droit, sachez quelle peut compter sur ses notaires pour la soutenir de tout leur engagement. Cet engagement, je veux maintenant vous le présenter. Cette présentation de notre démarche de profession constituera la deuxième partie de mon intervention ; deuxième partie consacrée, mes chers confrères, à la confiance et à lespoir. Si le notariat doit avoir confiance dans lÉtat, il doit avoir aussi confiance en lui-même. Je veux, mes chers confrères, en vous donnant davantage confiance en vous, vous inviter à retrouver lespérance. |
| Retrouver lespérance | |
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Je veux combattre ce sentiment trop souvent répandu parmi nous : la profession naurait pas davenir ! Le métier serait condamné à disparaître ! Lâge dor serait derrière nous ! Mais, mes chers amis, nous avons tous été jeunes et nous mourrons tous un jour. Pourquoi voudrions-nous, pour notre mort, ou même seulement notre retraite, faire sonner le glas du notariat tout entier ? Bien sûr, des activités, des professions tout entières ont disparu. Mais infiniment plus nombreuses sont celles qui ont survécu en se transformant, en sadaptant. En particulier, celles qui servent les besoins vitaux de lhumanité. Pour rendre inutile un corps comme le nôtre, voué à organiser, sur des fondements pacifiques, les relations individuelles entre les êtres humains, il ne faudrait rien moins que le retour à la barbarie. Sérieusement, cela nous menace-t-il ? Ce qui nous menace, cest, en réalité, un défaut de vision. Si nous jugeons de lavenir sur notre seule expérience, bien sûr, nous y trouvons rarement la figure des événements futurs. En tout cas, sauf lexception des génies prophétiques, nous manquons individuellement de la largeur de vue, de la faculté dappréhension qui sobtiennent seulement par la mise en commun des connaissances du plus grand nombre. Notre profession, que nous aimons, doit dabord nous apporter cela : une perspective davenir pour tous grâce à lengagement de chacun. Je veux, ce matin, vous convaincre que cest avec des idées claires et des projets fédérateurs que lon va de lavant : des idées claires sur nous-mêmes. Des projets fédérateurs pour tous. |
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Préserver notre unité. Mais en préalable, je veux rappeler que, pour exercer une mission souveraine de l'État, pour répondre aux critères du service public, lunité et la solidarité du notariat doivent être sans faille et en tout domaine, y compris dans un domaine aussi emblématique du notariat quest celui de la garantie de sa responsabilité. |
Nous rassembler sur les valeurs de notre profession. Dès mon élection, je vous ai indiqué que le principal défi que notre profession aurait à relever serait celui de sa légitimité. Et je vous ai appelés à vous mobiliser tous pour répondre à mon appel. Un peu plus de six mois après, où en sommes-nous ? |
Nous mobiliser sur des projets fédérateurs. Si nous sommes tous daccord - cela est maintenant prouvé - sur les valeurs fondatrices de notre mission, sous le sceau de lÉtat et au service de la société, nous devons maintenant partager une obsession : lobsession de notre adaptation au monde moderne. |
Autre projet : lélévation des connaissances. Là encore, le notariat ne peut pas se reposer sur ses lauriers. Il doit regarder plus loin. Regarder ses clients dont le niveau de formation et dinformation ne cesse de sélever. Regarder les autres professionnels qui sont, eux aussi, mieux formés et mieux informés. Regarder les entreprises dont les besoins se diversifient et se spécialisent à linfini. Me Alain Lambert, président du Conseil supérieur du Notariat
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