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Débat sur
le budget de la justice
Discours du
sénateur-maire d'Alençon, Alain Lambert
Sénat, le 24 novembre 1992
Monsieur le président, monsieur le garde des Sceaux, mes chers collègues,
Faut-il encore parler de la Justice ? Tout n'a-t-il pas déjà été
dit et redit sous mille formes ? Les rapports s'accumulent, les discussions tournent en
rond. Ne faut-il pas mettre enfin de l'ordre dans les innombrables suggestions déjà
faites et donner enfin du sens aux multiples expertises déjà menées ? Il y a
nécessité de mettre fin à la crise de la Justice. Quels que soient les interlocuteurs
interrogés, la conclusion est la même : "cela ne peut plus durer !" Ce
diagnostic fait l'unanimité. Aucun des mots qui précèdent ne m'appartient. Je les ai,
chacun, puisés dans le livre de Monsieur Henri Nallet, précédent ministre de la
Justice. Le budget de la Justice constitue-t-il une réponse crédible à cette crise ?
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Ce budget a
été qualifié de prioritaire par le gouvernement pour la 3ème année consécutive. En
progression de 6,85 p. cent par rapport à l'an passé, ce budget dépasse pour la
première fois, les 20 milliards de francs. L'honnêteté impose de ne pas nier l'effort
budgétaire consenti.
La même honnêteté justifie néanmoins de considérer cette priorité
comme très relative puisque ce budget de la Justice ne représente que 1,48 p. cent du
budget de l'Etat. Il est ainsi significatif de noter qu'il n'est, en volume, que le 12e
budget civil de l'Etat, derrière celui des Anciens combattants. Moins de la moitié de ce
budget revient aux services judiciaires, plus du quart à l'administration pénitentiaire,
un dixième à la protection judiciaire de la jeunesse.
On atteint encore une meilleure compréhension du budget en examinant
l'évolution des actions depuis 5 ans.
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S'il faut
reconnaître comme non négligeables les progressions de crédit, l'examen de chacune des
actions menées montre que le stade du rattrapage (reconnu par tous comme indispensable)
est loin d'être atteint.
Pour l'administration centrale qui est la première action, et dont la
réorganisation est une nécessité réaffirmée depuis des années, les timides efforts
entrepris ne permettent pas d'espérer des progrès sensibles. Pour les services
judiciaires, la seconde action et le coeur du budget de la Justice, les crédits proposés
n'offrent aucun espoir de réforme de fond.
Pour les juridictions administratives qui forment la 3e action, aucune
solution n'est en vue. Et pourtant les délais de jugement répondent d'eux-mêmes: plus
de 2 ans et 3 mois pour les tribunaux administratifs, de 13 à 14 mois pour les Cours
d'appel, de 2 ans et 5 mois pour le Conseil d'Etat.
La 4e action est l'Administration pénitentiaire. Mon prédécesseur
comme Rapporteur Spécial, Jean Arthuis, parlait, l'an passé, "d' avenir plutôt
sombre". Les événements survenus à l'automne et récemment encore lui ont, hélas,
donné raison. L'administration pénitentiaire n'est pas à même d'exercer ses tâches.
Quant à la 5e action, celle de la Protection judiciaire de la Jeunesse, elle évolue
faiblement sous la pression de l'urgence.
Pour rester mesuré quant au jugement à porter sur la proposition de
budget pour la Justice, on peut dire que si des efforts méritoires apparaissent, ils
restent, hélas, sans rapport, avec les problèmes réels.
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Monsieur
Henri Nallet vous aura mis en garde, monsieur le ministre. Je le cite, "la politique
du gros dos" ne suffira pas. Il ajoute "si la classe politique veut redresser
son image, elle doit prendre à bras le corps la difficile question de la Justice et
proposer de fortes solutions à la crise". Votre budget ne ressemble pas à ce
profil.
Il reviendra à un nouveau gouvernement de proposer un vrai plan, un
vrai projet global de réussite qui offre aux femmes et aux hommes en charge de cette
mission régalienne de l'Etat un sens, une raison personnelle et collective de faire plus,
de faire mieux, en croyant au bénéfice qu'en retirera le bien commun comme eux-mêmes.
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Alain Lambert, sénateur de l'Orne, maire d'Alençon
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