Intervention d'Alain Lambert,
rapporteur général lors du Débat d'orientation budgétaire (DOB)
Séance du 25 juin
Monsieur le président, messieurs les ministres, mes
chers collègues,
Délivrer la France
des contraintes qui pèsent sur elle et sur son avenir, alléger le poids des handicaps
qui grèvent ses finances publiques, tel est lenjeu du Débat dorientation
budgétaire (DOB) qui souvre ce matin devant le Sénat.
Vous poursuivez ainsi opportunément,
messieurs les ministres, la démarche engagée par le précédent gouvernement en 1996. Le
président Poncelet appelait depuis longtemps, de ses voeux, la tenue d'un tel débat, et
c'est un motif de satisfaction de le voir sancrer désormais dans notre tradition
républicaine.
Même s'il relève des prérogatives
constitutionnelles et organiques du gouvernement de bâtir le Projet de loi de finances et
le Projet de loi de financement de la sécurité sociale, il est utile que le dialogue se
noue avec le Parlement avant l'envoi des lettres-plafonds et avant les arbitrages fiscaux
(fin juillet). En fait de débat d'orientation budgétaire, nous tiendrons plutôt un
débat prospectif sur l'ensemble des finances publiques. D'une part, nos engagements
européens ne portent pas sur les seules finances de l'État, mais aussi sur celles de la
sécurité sociale et des collectivités locales. D'autre part, le contribuable fiscal,
local et social ne forme qu'une seule et même personne vers laquelle convergent tous les
prélèvements.
Le président Christian Poncelet reviendra
plus particulièrement sur les questions de finances locales. Jacques Oudin le fera sur la
sécurité sociale.
Je ne résisterai pas à la tentation de
souligner dabord les éminents mérites du gouvernement. Depuis son installation, la
situation économique s'est améliorée. La croissance a atteint 2,5 % en 1997,
après 1,2 % en 1996 et les prévisions officielles retiennent 3 % en 1998 !
L'emploi a progressé, et surtout le chômage commence à refluer : 156.000 chômeurs
de moins entre octobre et avril dernier. Le taux de chômage est passé de 12,5 % de
la population active en juillet 1997 à 11,9 % en avril 1998.Vos mérites sont
d'autant plus grands, messieurs les ministres, que vous avez obtenu des résultats
similaires, et parfois meilleurs encore à l'étranger, en Belgique où le chômage a
reflué de 9,3 % en août 1997 à 7,3 % en mars dernier, au Danemark, où
il a décru de 8,1 % en mai 1997 à 6,9 % en avril 1998, en Irlande, où le
chômage est passé de 10,3 % en juin 1997 à 9,4 % en avril 1998. Depuis les
élections législatives françaises, le taux de chômage en Suède a connu une
amélioration spectaculaire passant de 9,1 % en juin 1997 à 6,4 % en mars 1998.
L'Italie a vu son chômage se réduire de 60.000 personnes au 1er trimestre. Même
l'Allemagne, dont la situation n'avait cessé de se dégrader jusqu'à la fin de 1997 a vu
depuis son chômage diminuer ! Son taux de croissance est sur un rythme annuel de
3 %.
Bref, depuis l'installation du nouveau
gouvernement, le chômage a reculé dans toute l'Union européenne. Il avait atteint
10,7 % en juin 1997, il n'est plus que de 10,3 % en mars 1998. Faut-il
y voir une coïncidence ou les bienfaits de l'influence européenne de notre gouvernement
? Cette influence pourrait même être qualifiée de planétaire, si vous parveniez à
retourner la conjoncture en Asie du Sud-Est et au Japon !
Chacun laura compris, je ne crois pas
que le gouvernement - celui-ci ni aucun autre d'ailleurs - ait une quelconque capacité à
améliorer la situation économique de notre pays, dont le destin est lié à celui du
reste de l'Union européenne par quarante ans de volonté politique. Lorsque la situation
est mauvaise, les gouvernements incriminent "l'héritage" et l'environnement
international. Lorsqu'elle est bonne, ils s'en attribuent le mérite. Nos gouvernants
seraient désormais mieux inspirés sils se laissaient gagner par l'humilité en
reconnaissant devant la Nation que la conjoncture est une donnée, dont la politique
budgétaire doit tirer le meilleur parti mais qu'elle ne peut plus réellement influencer.
Nous ne devons plus laisser croire aux
Français que la politique économique nationale peut infléchir sensiblement la
conjoncture alors que ce n'est plus vrai depuis longtemps. Les désillusions sont trop
fréquentes et trop lourdes de conséquences. Elles alimentent le doute à lendroit
de la politique. Aussi convient-il enfin d'être prudent. Or le gouvernement ne témoigne
pas dune prudence exemplaire. Bien quil sen défende, il continue, me
semble-t-il, de négliger les effets pour 1999 de la crise financière asiatique, pourtant
d'une particulière gravité. Le Japon est entré en récession au premier trimestre 98
pour la première fois en 23 ans ! Si je souhaite, comme chacun de vous, que
cette crise ait peu d'effets sur l'Union européenne, il me paraîtrait sage cependant
den tenir compte dans les prévisions de croissance et de plus-values fiscales pour
1999.
Ces prévisions, le gouvernement les
distribue allègrement alors qu'elles sont encore hypothétiques. Ne vaudrait-il pas mieux
être trop prudent aujourdhui, bénéficier ensuite de bonnes surprises, que se
trouver demain devant une impasse financière (comme ce fut le cas en 1992 et 1993) ?
Je souhaite naturellement que lavènement de l'euro ouvre en Europe, et donc en
France, une longue période de prospérité. Mais les incertitudes conjoncturelles
demeurent, elles exigent une gestion précautionneuse des finances publiques, car cette
gestion reste sous fortes contraintes, malgré notre qualification pour l'euro. Je
résumerai ces contraintes à travers trois propositions :
- un impératif, réduire les
déficits publics,
- une nécessité, réduire les
dépenses publiques,
- un objectif, réduire les
prélèvements obligatoires.
Jai qualifié ces trois propositions
de contraintes, car je ne souhaite pas leur donner une connotation idéologique. La
réduction de la place de l'État dans l'économie n'est pas un dogme absolu, elle est
simplement rendue nécessaire en France par son hypertrophie: plus de 58 % de dette
publique dans le produit intérieur brut (PIB), des dépenses à 55 %, des
prélèvements obligatoires à plus de 46 %. Nous avons atteint des niveaux
d'intervention publique qui posent un vrai choix de société.
J'observe d'ailleurs que le gouvernement et
la majorité de l'Assemblée nationale ne sont pas loin de partager cette analyse.
Pourtant ce que propose le gouvernement n'est pas conforme à ces trois propositions.
J'aurai l'occasion de le dire à plusieurs reprises.
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Si l'impératif de
réduction des déficits publics nous est prescrit par nos engagements européens, il
lest plus encore par notre situation interne. Certes, nous sommes libérés de
"l'obsession des 3 % ", selon lexpression utilisée par le
gouvernement. Mais, contrairement à linterprétation qui peut être faite de ses
propos, la qualification pour l'euro ne nous rend pas toute latitude dans nos choix
budgétaires. Le gouvernement a dailleurs librement adhéré au pacte de stabilité
et de croissance à Amsterdam en juin 1997, qui prévoit, pour les pays ayant adopté la
monnaie unique, un objectif "d'équilibre ou d'excédent à moyen terme". Finis
donc les 3 %. La prochaine étape, dans 3 à 5 ans, c'est 0 % !
Toutefois, mes chers collègues, même si
cet engagement européen navait été pris, il conviendrait de la prendre vis-à-vis
de nous-mêmes. En effet, le niveau atteint par la dette publique dévore chaque année en
intérêts 20 % des recettes fiscales. Notre devoir absolu est de faire refluer cette
dette, ce qui exige de dégager un excédent primaire, c'est-à-dire un excédent hors
charges de la dette.
Le gouvernement partage cette analyse et ces
objectifs. Pourtant, il ne propose pas de faire refluer la dette publique dès 1999, alors
que ses hypothèses de croissance le lui permettraient.
Avec 2,3 % du PIB, il se fixe un
objectif de déficit des administrations publiques, qui est insuffisant pour stabiliser la
dette (2,2 % seraient nécessaires, et moins encore si lon souhaite faire
refluer la dette). Il fait reposer son objectif de 2,3% sur les excédents dégagés par
les administrations publiques autres que l'État, en particulier les collectivités
locales et la sécurité sociale.
Le gouvernement ne fixe à l'État qu'un
objectif de 2,7 % de déficit. Il sautorise la facilité et assigne la rigueur
et la vertu aux autres. Il a pourtant moins de prise sur la situation des autres
administrations publiques que sur la sienne propre. En réalité, le gouvernement
n'entreprend pas une politique volontariste de réduction des déficits.
Sur les onze pays de la zone
euro, il
affiche l'objectif le plus mauvais, l'Allemagne et l'Autriche faisant mieux avec
2,2 %. Jajoute que lobjectif du gouvernement français n'est, en fait,
que la traduction des décisions prises fin 1997 en matière sociale : l'accord salarial
dans la fonction publique, les emplois-jeunes, les trente-cinq heures, la loi sur les
exclusions. La direction de la prévision a simplement intégré les effets de ces
décisions. Loin d'être un objectif ou une orientation budgétaire, il ne s'agit en fait
que de la constatation de la politique décidée en 1997.
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Le gouvernement ne
propose donc pas une réduction suffisante des déficits publics. Il propose au contraire
d'affecter une part de la croissance espérée des recettes à une augmentation des
dépenses publiques de 1 % en termes réels. Pourtant, je crois vraiment que la
réduction des dépenses publiques est une nécessité et je souhaite que le Sénat
veuille bien confirmer cette orientation.
Je rappelle que cette affirmation n'est pas
contingente. Elle n'est ni une question de circonstances, ni liée au gouvernement en
fonction. Je cite le rapport de notre Commission pour le débat d'orientation budgétaire
d'il y a deux ans : "C'est une diminution sans précédent de la dépense publique
qui devra s'opérer à partir de 1997".
Mes chers collègues, il nous faut bien
admettre que depuis le début des années 70, la dégradation de l'emploi est allée de
pair avec l'augmentation de la part des dépenses publiques dans la richesse nationale.
Nous disposons maintenant dun recul de plus de 25 ans qui montre que
l'intervention publique n'a jamais réussi à faire refluer durablement le chômage.
Pourtant, le gouvernement actuel persiste à emprunter cette voie.
Bien sûr, la réduction des déficits
pourrait résulter dune augmentation des recettes. Mais celles-ci sont un levier
qu'il n'est plus raisonnable d'utiliser. D'une part, l'augmentation des prélèvements a
un effet de plus en plus incertain sur le niveau des recettes. D'autre part, le niveau de
ces prélèvements a dépassé l'acceptable. Nous le disions déjà en 1996 : "le
poids des prélèvements obligatoires (45 % à l'époque) exclut de solliciter à
nouveau les recettes fiscales".
Là encore dans son discours, le
gouvernement paraît nous rejoindre mais il y a loin du discours aux actes car c'est bien
sur un surcroît de recettes (50 à 60 milliards de francs) qu'il compte pour boucler
le budget 1999. Si cette tendance était poursuivie, l'OFCE prévoit que les
prélèvements atteindraient 47 % du produit intérieur brut en 2005.
Par conséquent, si au nom de la commission
des Finances je recommande au Sénat de continuer à préconiser une réduction des
dépenses publiques, comme je le fais depuis 1996, ce n'est pas par hostilité au service
public, à l'État ou à la protection sociale, mais parce que cest la seule option
possible pour faire refluer la dette publique de façon significative.
Ce constat étant fait, les difficultés
commencent. En effet, nous l'avons observé et vécu lors du débat sur le Projet de loi
de finances pour 1998, sil est aisé de se convaincre du bien fondé dune
baisse des dépenses publiques en général, larbitrage entre les réductions à
opérer est un art difficile dès qu'on entre dans les détails. Je préconiserai donc la
méthode du gel des dépenses, qui est d'ailleurs celle que le ministre des Finances
demande d'appliquer aux ministres dépensiers en préalable aux arbitrages budgétaires.
Cette méthode a fonctionné en 1997 : le gouvernement dalors avait proposé une
reconduction des dépenses 1996 en valeur. Pour la première fois, il en est résulté une
stabilité des dépenses de l'État en termes réels.
En outre, je préconise de commencer à
s'attaquer aux composantes les plus rigides de la dépense publique, car, pour réussir,
il faudra une action opiniâtre, durable et courageuse. Il s'agit en particulier des
dépenses de la fonction publique : il est urgent et nécessaire d'engager un mouvement
progressif de réduction des effectifs du secteur public, et une réforme des régimes de
retraites publiques. Je vise aussi les dépenses d'intervention en faveur de l'emploi, car
les pays qui ont le mieux réussi dans ce domaine sont aussi ceux qui ont fait l'effort le
plus significatif sur les dépenses.
Là encore, bien que le gouvernement
déplore la rigidité croissante des dépenses, il laccentue encore, en augmentant
sensiblement les charges de personnel et les interventions publiques pour l'emploi,
notamment par la création d'emplois publics. Mais à quoi sert-il de créer toujours plus
d'emplois publics, lorsque, pour faire des économies, l'État doit chaque année réduire
les moyens dont disposent les fonctionnaires pour accomplir leurs missions ?
Cette attitude est imprévoyante car le
gouvernement découvre maintenant lui-même que les charges liées aux retraites publiques
seront bientôt une source majeure daugmentation des dépenses. Cette attitude est
également contradictoire. Car le gouvernement prévoit de stabiliser les effectifs de la
fonction publique pour réserver, semble-t-il, les crédits aux emplois-jeunes et au
relèvement des salaires. Que souhaite-t-il réellement ? Précariser l'emploi
public ? Ou augmenter la rigidité des dépenses par une embauche massive de futurs
fonctionnaires ?
Inversement, il serait nécessaire
d'interrompre le reflux des dépenses d'équipement public. A cet égard, le pari engagé
par le gouvernement sur l'excédent des collectivités locales est particulièrement
risqué : l'accord salarial dans la fonction publique va alourdir leurs charges,
alors qu'elles sont déjà contraintes de faire porter leurs efforts d'assainissement sur
la réduction de leurs investissements, lesquels ont pourtant déjà atteint un plancher.
J'ajouterai, pour finir sur les dépenses,
et cela est important car nous ne voulons pas l'effacement de l'État, là où il
est irremplaçable , que la commission des Finances propose la préservation des
crédits régaliens, qui sont les missions fondamentales de l'État : sécurité,
justice, diplomatie, défense. Tout, dans notre vie sociale, montre que ce sont là les
vraies missions de l'État. Protéger la liberté des citoyens est son devoir, et il ne
doit plus le sacrifier pour financer ses activités de banquier ou de transporteur.
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Je continue de poser
en préalable la réduction des déficits et celle des dépenses publiques, car la
réduction des prélèvements obligatoires ne saurait devoir entraîner un alourdissement
supplémentaire de la dette publique. Ce serait une faute contre le principe de bonne
gestion mais pire encore une faute à lendroit de nos enfants.
De ce point de vue, je trouve le discours
majoritaire peu cohérent : il appelle une réduction des impôts et des cotisations, sans
effort corrélatif sur les dépenses. Parfois (mais rarement), les circonstances
économiques permettent de mener de front réduction des déficits et des impôts sans
réduction des dépenses. Mais le plus souvent, c'est une dangereuse illusion car au
premier retournement de conjoncture, limpôt et lemprunt senvolent.
Dès lors quune démarche nette sera
engagée pour réduire les dépenses, le déficit et la dette publics, il deviendra
possible de s'engager résolument sur la voie de l'allégement des prélèvements
obligatoires. Le gouvernement laffirme aujourd'hui. Mais une fois encore, il est en
contradiction avec lui-même : car c'est lui qui a décidé dalourdir les
prélèvements obligatoires sur les entreprises par la loi portant mesures urgentes à
caractère fiscal et financier. Or l'exécution 1997 montre que laugmentation de
l'impôt sur les sociétés nétait pas nécessaire pour que les recettes soient
conformes aux prévisions.
De même, en 1998, le gouvernement a choisi
de ne pas maintenir l'allégement de l'impôt sur le revenu. Il a préféré engager des
dépenses nouvelles pour la fonction publique. Et pour boucler le budget 1999, il compte
sur un surcroît de recettes.
Alors mes chers collègues, quelles doivent
être les priorités en matière
de réduction des prélèvements obligatoires ? J'en citerai trois.
La première est de réduire les charges
sociales pesant sur le travail, les bas salaires en particulier. Le
passé récent nous a montré que ce combat de Sisyphe consistant à dépenser toujours
plus pour l'emploi et prélever toujours plus sur les salaires nous a placés parmi les
Européens les moins performants aussi bien sur le front du chômage que sur celui des
finances publiques. On m'a objecté, on m'objectera encore, que les allégements de
charges n'ont pas créé d'emplois. Mais les allégements ponctuels ne doivent pas masquer
la tendance longue à l'alourdissement des prélèvements.
La seconde priorité est de reprendre le
processus de réforme de l'impôt sur le revenu engagé par le gouvernement précédent.
La troisième est d'alléger la fiscalité
de l'épargne et du patrimoine, des ménages comme des entreprises. Dans la course à
lattractivité fiscale, nous ne sommes pas compétitifs. Cette situation nous fait
perdre des cerveaux, de l'activité et des emplois. Il convient d'y remédier au plus
vite.
Le gouvernement commence, semble-t-il, à en
prendre conscience. Mais que pourra-t-il faire s'il ne s'engage pas dans la voie d'une
réduction de la dépense publique ? Rien ! Vous l'avez dit, monsieur le ministre des
Finances à l'Assemblée nationale : "les prélèvements décroîtront si la
croissance le permet".
En conclusion, comme
le gouvernement, je propose au Sénat de faire siens les objectifs de diminution des
déficits et des prélèvements obligatoires. Mais contrairement à lui, je propose pour y
parvenir, une politique affirmée de maîtrise des dépenses publiques. Cest de
cette manière et de cette manière seulement que notre pays pourra résorber sa dette et
pourra ainsi éviter de compromettre l'avenir de nos enfants.
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Alain Lambert, sénateur-maire d'Alençon,
rapporteur général du budget
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