Projet de loi de finances pour 1999
Note de synthèse : du pari risqué du gouvernement
au budget de responsabilité
et de confiance proposé par la majorité sénatoriale.
Les hypothèses économiques qui ont servi au cadrage du projet
de loi de finances pour 1999 datent en réalité du printemps 1998 et nintègrent
pas les effets des crises asiatique et russe. Ainsi les chiffres retenus en matière de
croissance, dinflation, de cours du dollar ne semblent plus réalistes. Or quelque
dixièmes de croissance en moins, une hausse des prix quasi nulle, peuvent très vite
entraîner un retournement de situation avec son cortège de moins-values de recettes
fiscales et sociales, de chômeurs supplémentaires et de perte de confiance de la part
des entreprises et des particuliers.
Malgré 74,5 milliards de francs de recettes supplémentaires,
le déficit budgétaire nest réduit que de 21,3 milliards de francs, ce qui est
très insuffisant.
Le gouvernement prévoit 37 milliards de francs de dépenses
supplémentaires essentiellement de fonctionnement -fonction publique, emplois-jeunes.
Quant aux dépenses déquipement, elles baissent de 0,3%. Enfin, seuls 16 milliards
de francs dallégements fiscaux sont prévus.
LEtat empruntera près de 519 milliards de francs en 1999. Sur
cette somme considérable, 282 milliards de francs serviront au remboursement
demprunts antérieurs, 168 milliards de francs aux dépenses dinvestissement
et 68,7 milliards de francs aux dépenses de fonctionnement.
Il faut rappeler que la mise en place de
la monnaie unique renforce les contraintes et oblige les gouvernements à respecter une
discipline indispensable à sa réussite. Or la France sera en 1999 lun des plus
mauvais élèves de lUnion Européenne en matière de déficits publics
notamment : 2,3% par rapport au produit intérieur brut. Elle sera lun des
rares pays de lunion européenne à voir sa dette publique augmenter. Un tel laxisme
risque dêtre durement sanctionné le moment venu.
Le gouvernement table par ailleurs sur une gestion rigoureuse et
excédentaire des finances sociales et locales. Or en ce qui concerne les comptes sociaux,
le pari dun retour à léquilibre paraît audacieux sinon hasardeux : il
ne tient pas compte de limpact négatif sur la masse salariale de la réduction du
temps de travail à 35 heures ni sur la difficile maîtrise de lévolution des
dépenses dassurance-maladie. Quant à lexcédent supposé des collectivités
locales celui-ci risque de faiblir du fait de larrêt de la baisse des taux
dintérêts, de lapplication à la fonction publique territoriale des accords
salariaux de la fonction publique, dun certain tassement des recettes fiscales et
des concours de lEtat dont lindexation est insuffisante.
Ainsi en 1999 le déficit de lEtat est estimé à 2,7% du produit
intérieur brut et le gouvernement table sur un excédent de 0,4% du solde des autres
administrations publiques, collectivités locales notamment. Il suffirait que ce dernier
devienne négatif pour les raisons précédemment énoncées ou que la croissance
faiblisse et notre pays ne respecterait plus les critères de Maastricht en matière de
déficits publics.
Le projet de loi de finances pour 1999 présenté par le gouvernement
encourt en réalité deux principaux reproches : une insuffisance de la réduction du
déficit ; une augmentation des dépenses de fonctionnement et labsence de
réforme de structures ;
La Commission des finances et la majorité sénatoriale formulent
cinq propositions visant à
redresser ces travers :
1/ diminuer le déficit budgétaire de 14 milliards de francs pour
stabiliser la dette publique et préserver les générations futures ;
2/ réduire les dépenses dintervention et de fonctionnement de 26 milliards de
francs pour réformer lEtat à travers des réductions ciblées traduisant le rejet
dun certain nombre de politiques -35 heures, augmentation de lemploi public,
emplois-jeunes et des économies forfaitaires de 5% du train de vie de lEtat et de
1% des autres crédits dintervention et de fonctionnement sauf pour ce qui concerne
les ministères régaliens, défense justice police affaires étrangères, les ministères
dont les crédits sont en baisse et les dépenses dinvestissement. ;
3/ réduire raisonnablement les prélèvements pour 1999 de lordre de 12 milliards
de francs (suppression des effets du plafonnement du quotient familial, remise en cause de
lalourdissement de limpôt sur les sociétés...) et proposer damorcer
certaines réformes pour les années ultérieures (poursuite de la baisse de limpôt
sur le revenu, souhait dun allégement des charges sur les bas salaires, refus de
toute disposition rétroactive en matière dépargne et de gestion du patrimoine).
4/ conserver aux collectivités locales un rôle de moteur de linvestissement public
par une préservation de leur autonomie. Ainsi le contrat de croissance et de solidarité
est-il jugé trop timide dans la mesure où le mode dindexation des dotations de
lEtat prévu par le gouvernement est insuffisant. D'où la triple préconisation :
en finir avec la situation absurde de la CNRACL structurellement excédentaire et
rendue déficitaire du fait du désengagement de lEtat ; sinterroger sur
la perte dautonomie fiscale pour les collectivités locales entraînée par la
réforme de la taxe professionnelle qui se transforme peu à peu en subvention de
lEtat et en finir avec la taxe professionnelle de France Télécom en transférant
aux collectivités locales le produit de cet impôt tout en maintenant un mécanisme de
péréquation.
5/ rénover les méthodes budgétaires. Il conviendrait dappliquer aux méthodes
budgétaires actuellement en vigueur les " 7 piliers de la sagesse "
suggérés par le président de la Commission des finances du Sénat, Alain Lambert. A
savoir:
- rétablir la sincérité de la loi de finances ;
- institutionnaliser la distinction entre investissement et fonctionnement,
- certifier les méthodes comptables,
- instaurer une procédure de suivi des dépenses sociales,
- accélérer la mise en uvre de la comptabilité patrimoniale,
- moderniser les procédures de régulation budgétaires,
- fixer un nouveau rendez-vous budgétaire en soumettant au Parlement un état
semestriel de lexécution des comptes publics suivi dun débat.
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