Débat sur le projet de loi de financement de
la sécurité sociale pour l'an 2000 (PLFSS)
Discours d'Alain Lambert, président
de la Commission des finances
Sénat, le 16 novembre 1999
Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues,
Peut-être pourrait-on sétonner quà ce stade du débat sexprime le
président de la commission des finances sagissant du financement de la sécurité
sociale. Pourtant, je veux témoigner ici devant la Haute Assemblée quil nest
plus responsable, devant la Nation, de fractionner ainsi lexamen des comptes
publics. Budget de lEtat et financement de la Sécurité sociale sont
aujourdhui indissociables. Nos obligations européennes nous appellent
dailleurs à examiner nos finances publiques dans leur globalité. Labsence de
cette vision globale conduit à toujours plus dimpôts, à toujours plus de
dépenses, et à terme au sacrifice des générations futures.
Cest pourquoi, je trouverais légitime que le président de la Commission des
affaires sociales sexprimât également tôt dans le débat qui souvrira la
semaine prochaine, lors de lexamen du budget de lEtat, en attendant
quune discussion commune sengage à loccasion du débat
dorientation budgétaire, lannée prochaine. Cela étant, madame la
ministre, ce projet de loi de financement de la sécurité sociale devrait être le
rendez-vous annuel dun débat sur les évolutions profondes -démographiques,
sociologiques et technologiques- de la protection sociale, des résultats, et des moyens
(croissants) qui lui sont consacrés.
Le projet qui nous est soumis noffre pas de solution davenir. Il peine à
financer le passé et reflète un tableau bien sombre avec des dépenses en hausse
constante, des prélèvements toujours plus lourds et toujours plus nombreux, une dette
persistante.
Les chiffres parlent deux-mêmes. Depuis 1997, le gouvernement a créé ou
augmenté 12 impôts et taxes, en faveur de la sécurité sociale. Les objectifs de
dépenses sociales ont augmenté de 160 milliards de francs. La dette sélève
à plus de 230 milliards.
Vous êtes tentée de faire apparaître que le solde du régime général sest
redressé sans hausse des cotisations ni baisse des prestations. Cette présentation ne
résiste pas à lanalyse. Si les cotisations nont pas augmenté, vous avez en
revanche augmenté et créé 12 autres prélèvements. Si les prestations nont pas
baissé, vous navez pas, en revanche, engagé de processus de maîtrise des
dépenses. Si le solde se redresse, nest-ce pas le simple effet mécanique de la
croissance, dont chacun connaît le caractère aléatoire ?
La croissance et les prélèvements nouveaux ont apporté depuis 1997 plus de
240 milliards de francs de recettes supplémentaires. Dans le même temps, les
dépenses ont dérivé de plus de 3 % en moyenne. Bénéficiant dune situation
très favorable, le gouvernement na pas résisté à la tentation de consommer
immédiatement les fruits de la croissance en laissant filer les dépenses courantes au
lieu de réduire les prélèvements et la dette, ou investir dans les nouveaux besoins.
Quelles que soient les précautions comptables choisies, il ne fait pas de doute que
les dépenses de maladie ont dépassé lobjectif fixé de plus de 13 milliards
de francs depuis 1997, que sajoutent 12 milliards de dépenses nouvelles au
régime général, quun prélèvement sur des recettes de la sécurité sociale est
effectué pour financer les 35 heures.
Mais le montage financier des 35 heures ne doit pas nous détourner du vrai débat sur le
contenu des politiques sociales. Cette mesure nest pas financée puisque malgré
cinq prélèvements obligatoires, il faudra encore trouver 20 milliards de francs en 2001.
Au surplus, malgré le montage de savantes tuyauteries financières, il a abouti à
détourner largent du fonds de réserve pour les retraites et de la couverture
maladie universelle, priorités pourtant affichées par le gouvernement. Ainsi,
madame la ministre, le gouvernement ne prépare pas lavenir avec ce projet de loi de
financement. Il brouille les comptes sociaux, crée des prélèvements obligatoires
supplémentaires, ne prévoit aucun mécanisme efficace et cohérent de maîtrise des
dépenses. Il reste muet sur les choix de santé, sur lhôpital, sur les retraites,
sur la politique familiale.
Notre Commission des finances estime nécessaire douvrir des voies nouvelles. La
part collective de la protection sociale doit davantage correspondre aux choix des
Français, à leurs attentes, aux enjeux auxquels lavenir proche va tous nous
confronter. Quand il sagira de trouver des moyens supplémentaires pour la
dépendance, la prise en charge de la vieillesse, la reconversion dun système de
soins aujourdhui calé sur lhôpital, sonnera lheure douloureuse des
choix ; des choix de santé publique et des choix financiers. Enfin, il faudra avoir
le courage de freiner certaines dépenses pour dégager les marges de manoeuvre
nécessaires afin den couvrir dautres. Dépenser mieux ne signifie donc pas
seulement éviter les gaspillages. Cela signifie désormais dépenser en regardant la
réalité en face.
La Commission des finances dans lavis émis en son nom par son rapporteur Jacques
Oudin esquisse des grandes lignes daction qui, toutes, sattachent à
préserver lavenir. Nous voulons vraiment insister sur la nécessité de cesser
daffecter immédiatement les recettes supplémentaires à des dépenses nouvelles,
alors que nous avons déjà le niveau de pression sociale le plus élevé dEurope,
alors que nos enfants et petits enfants sont dores et déjà assignés à rembourser
la dette de la sécurité sociale contenue dans la CADES.
La clarté des comptes passe par une amélioration nette du cadre de cette loi de
financement. Elle ne pourra se passer longtemps de principes qui guident les
finances de lEtat, à commencer par les règles duniversalité et
dunité.
Cette saine pratique aboutirait enfin à ne plus esquiver ce face-à-face sincère et
nécessaire avec la réalité et à permettre à votre ministère de ne plus être
seulement le ministère de la solidarité du moment, mais aussi celui de la solidarité
entre les générations.
Alain Lambert, président de la Commission des finances
Sénateur-maire d'Alençon
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