la nécessité dune réforme ambitieuse de
la fonction publique
Que lon sen
réjouisse ou quon le regrette, quon le nie ou quon le dénonce, les
crédits de la fonction publique sont désormais la variable principale de nos dépenses
budgétaires.
Trois aspects doivent retenir notre attention :
a) les effectifs, les rémunérations et les charges de retraite
croissent dune manière inquiétante. Depuis 1997, les effectifs budgétaires
(ministères civils, défense hors appelés) ont augmenté de près de 12.000 postes, sans
compter les emplois jeunes -350.000 au total sont annoncés pour lannée
prochaine- ni les non titulaires rémunérés sur les crédits de fonctionnement.
La France sengage à contre courant de ses partenaires
européens.
Cette évolution est dautant moins soutenable, à moyen terme,
que les traitements de la fonction publique saméliorent plus rapidement que les
salaires du secteur privé : sur la période 1995/1999, le salaire moyen brut aura
augmenté de 1,2 % lan en moyenne dans la fonction publique, contre 0,9 % par
an dans le secteur privé.
b) Les effectifs peuvent connaître une évolution considérable :
dans les 10 ou 12 années à venir, la moitié partira à la retraite. Il appartient donc
dès aujourdhui à la représentation nationale de se prononcer sur les voies et
moyens de la modernisation de notre fonction publique française.
Aucune réflexion prospective réelle, associant le Parlement, na
été engagée, malgré les kilos de rapports qui saccumulent, sur le sujet, en
attendant celui de la Cour des Comptes, à lautomne, dont on dit quil fera
grand bruit.
En disant cela, je ne fais que reprendre ce que deux grands voisins,
lAllemagne et le Royaume Uni disent par lentremise de MM. Blair et Schröder,
je les cite :
" La proportion des dépenses publiques dans le PIB a atteint
un seuil intolérable et les services publics doivent être réformés afin de répondre
aux exigences defficacité et de performance attendues par les contribuables. En
conséquence, la bureaucratie doit être réduite et les services publics rigoureusement
évalués au regard dobjectifs de performance préalablement définis. "
Cela étant, la fonction publique nest pas seulement un poste de
dépenses, mais elle est aussi et surtout -on loublie trop souvent- un poste de
ressources, de ressources humaines, elle est même le plus gros capital humain constitué
en France ; mais hélas, elle est en même temps, le capital humain le plus mal
managé, celui auquel on ne fixe jamais dobjectifs, celui qui souffre du jugement
souvent négatif porté par la Nation, celui qui saurait retrouver la fierté de sa
mission pour peu quon le mobilise, le dynamise, le récompense, le sanctionne
(lorsque cest justifié) et quon le considère comme un corps délite,
en charge de lessentiel, plutôt quun effectif dont on ne distingue
plus, parmi ses missions, le principal de
laccessoire.
MM. les ministres, la solution de facilité dans laquelle
sinstalle aujourdhui le Gouvernement est préoccupante car elle laisse se
creuser un fossé entre le public et le privé, elle rompt un équilibre entre deux
composantes du corps social. Cette facilité nest pas soutenable sur le long terme.
Elle appellera des réformes qui seront dautant plus douloureuses quelles
auront sans cesse été différées.