C'est difficile car c'est aussi contradictoire et même paradoxal.
Il est contradictoire de vouloir appliquer des règles inspirées
du mariage à ceux qui, pour leur immense majorité, n'ont précisément pas souhaité
s'engager dans les liens du mariage.
Il est paradoxal de vouloir enfermer dans un cadre juridique,
inévitablement contraignant, une situation qui repose, par définition, sur la volonté
de liberté des intéressés.
C'est difficile aussi, reconnaissons-le, parce qu'il est sans
doute artificiel, illusoire, contraire à la réalité d'assimiler juridiquement les
couples d'homosexuels aux hétérosexuels. Alors, face à cette immense difficulté, le
mieux sera, comme chaque fois, l'ennemi du bien.
La meilleure loi, mes chers collègues, ne sera pas celle que nous
élaborerons, mais celle que les personnes concernées écriront elles-mêmes, dans le
sens de l'article 1 134 du Code civil qui dispose que "les conventions légalement
formées tiennent lieu de lois à ceux qui les ont faites".
Offrons leur seulement le moyen juridique de décider elles-mêmes
des droits personnels et rapport patrimoniaux que font naître une communauté de vie.
Limitons notre uvre à ce que seule la loi peut dire : que les effets juridiques du
concubinage peuvent concerner un couple homosexuel.
Reste la question de la preuve et de la manière de l'organiser.
La discussion des articles, grâce au talent de nos rapporteurs, devra nous permettre du
trouver les modalités qui offrent les meilleures garanties, qui évitent les fraudes et
servent de support fiable aux dispositifs sociaux et fiscaux dont la création ou la
consolidation sont envisagées.
C'est l'occasion pour moi de souligner la qualité des travaux
menés par la Commission des Lois ; les auditions auxquelles elle a procédé ont
été une source d'informations essentielles à la formation de notre pensée.
En résumé, mes chers collègues, fuyons l'hypocrisie, faisons
preuve d'humilité, veillons à servir la cause de ceux qui souffrent et à ne jamais nous
en servir.
En conclusion, madame le garde des Sceaux, le rendez-vous
législatif que vous donnez au Sénat, ne vous décevra pas. Le Sénat, lieu de sagesse,
de mesure, de réflexion et d'exigence législative, sera fidèle à lui-même, il sera
pragmatique, proche de la réalité du terrain, proche des attentes, des souffrances des
Français que nous, sénateurs, connaissons bien en notre qualité de maire, ou d'élu
local. Sinon mieux que les cabinets ministériels, mieux que dans les rédactions
parisiennes où l'on observe et commente la France, comme d'un laboratoire.
Mes chers collègues, parce que nous tenons notre légitimité des
milliers d'élus locaux qui sont à l'écoute constante du pays, parce quau contact
des Français, dans nos communes, nous avons appris comment accompagner les nécessaires
mutations, parce que nous sommes l'émanation de la France profonde, "ne gravons pas
nos noms au bas de n'importe quel parchemin".