Débat
final
sur le Pacte civil de solidarité (PACS)
Discours d'Alain Lambert, président de
la Commission des finances
Sénat, le 30 juin 1999
Monsieur le président, madame la
ministre, mes chers collègues,
Cet étrange texte sur le PACS nous revient pour la 3e et
dernière fois. Il a suscité une réprobation quasi générale et sans précédent de
toute la doctrine et de toutes les autorités universitaires.
Le rapporteur, Patrice Gélard, nous a excellemment présenté les
nombreux aspects critiquables de cette curiosité juridique à laquelle ont abouti les
travaux de l'Assemblée nationale. Je n'y reviendrai donc pas, me limitant à souligner
certaines questions qui méritent insistance. Deux remarques préalables cependant.
Le gouvernement aurait dû, sur un sujet de cette importance, qui
touche aux valeurs fondatrices de notre société, exprimer clairement les valeurs qui
sont les siennes, en déposant un projet de loi qui aurait bénéficié de l'apport
technique (si utile en la circonstance) du Conseil d'État. Il en résulte une impression
d'improvisation législative qui, hélas, alimente la dévalorisation de la loi dans un
domaine qui ne le permet pourtant pas. Rarement un texte aussi important pour l'avenir de
la société française aura été si peu préparé et été aussi déficient.
Le seul et vrai problème à résoudre a été enseveli sous un déluge
médiatique et idéologique que le Sénat s'est refusé à alimenter, et c'est tout à son
honneur. Le seul et vrai problème à résoudre était d'inverser la jurisprudence de la
Cour de Cassation pour permettre l'extension des effets juridiques du concubinage aux
couples homosexuels qui le souhaitent. Seule la loi est, en effet, apte à le faire et
elle aurait dû se limiter à cela.
Nos collègues députés, avec le soutien du gouvernement, en ont
décidé autrement et nous proposent un texte ambigu
(certains diront hypocrite) dans ses principes et dangereux dans ses applications.
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La 1ère
ambiguïté de
ce texte tient à son imitation du mariage. L'habillage de la proposition de loi ne trompe
guère : le PACS vise à créer un succédané de mariage, quelles que soient les
dénégations les plus officielles.
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La place du texte dans le code civil confirme cette interprétation ;
introduire le PACS dans un nouveau titre du Code civil (le titre 12) dans le livre 1er
"des personnes" qui contient toutes les règles relatives au mariage révèle
bien sa vraie nature. Une simple organisation matérielle des biens du concubin aurait pu
figurer dans le livre 3.
Le fait qu'un PACS soit interdit entre parents proches (ascendants,
descendants, alliés, entre collatéraux jusqu'au 3ème degré inclus),
l'apparente encore un peu plus au mariage puisqu'il emprunte les principes similaires à
ceux relatifs aux empêchements au mariage : qu'il s'agisse des règles relatives à la
parenté, à l'alliance, à la bigamie ; le PACS apparaît bien de même nature que le
mariage.
Le fait que le PACS fasse l'objet d'une déclaration dans un lieu
"public" constitue une formalité "officielle" qui ressemble
également à une parodie de mariage.
Dans les effets attachés au PACS se retrouve un autre écho des
règles du mariage (un écho bien partiel d'ailleurs puisque l'enfant - grand absent
du PACS - n'est pas évoqué), un écho bien matérialiste puisqu'il est précisé
que les partenaires liés par PACS s'apportent une aide "mutuelle et
matérielle".
Les biens acquis à titre onéreux postérieurement à la conclusion du
PACS sont soumis au régime de l'indivision, sauf stipulation contraire. La formule
ressemble, en plus flou, à celle de l'article 220 du Code civil, si ce n'est la
référence aux dettes nées de l'éducation des enfants qu'ignore le PACS.
Comme des époux, les partenaires du PACS se trouvent en réalité
soumis à un régime matrimonial qui s'apparente à la séparation de biens, alors qu'un
embryon de régime primaire les lie, du fait de la solidarité des dettes ménagères.
Encore une fois, malgré toutes les dénégations officielles, malgré
l'habillage, le PACS ressemble, singe, et donc, risque d'affecter le mariage.
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Le PACS n'attirera pas les couples hétérosexuels, car il est
à l'opposé des principes de liberté qui expliquent leur choix pour le concubinage. Les
concubins choisissent en effet l'union libre (qui porte bien son nom) pour la liberté qui
préside à son instauration, comme à sa rupture, et l'absence de toute obligation.
Or, le PACS repose sur une déclaration (en quelque sorte solennelle),
sa rupture est soumise à un certain formalisme, qui sont des formalités et des
contraintes que, précisément, les concubins ont voulu éviter. Ils ne prendront donc pas
la peine de conclure un PACS. Cette probabilité est d'autant plus forte qu'ils
bénéficient de nombreux avantages particuliers et qu'ils peuvent librement organiser
leurs relations pécuniaires par des conventions de concubinage, à moins, Madame le Garde
des Sceaux, que vous n'en contestiez la licéité.
En pratique, le PACS sera donc probablement réservé aux couples
homosexuels, pour la consécration sociale symbolique qu'il leur offre, ce qui n'est pas
sans susciter d'interrogations.
Je ne retiendrai que les interrogations juridiques pour souligner que
la distinction entre mariage et concubinage va devoir se ramifier entre concubinage avec
PACS et concubinage sans PACS. La création d'un nouveau statut est un facteur de
complication, d'incertitude juridique, voire d'injustice : que vont devenir les concubins
ordinaires ? (non liés par un PACS ?). Ne risquent-ils pas de voir leurs prérogatives
réduites ? Je serai heureux d'entendre tout à l'heure, Madame le Garde des Sceaux, votre
réponse sur l'impact de ce texte sur les relations juridiques actuellement nouées entre
concubins qui n'envisagent pas de se lier au moyen d'un PACS.
Ce texte, disais-je, est ambigu (voire hypocrite) dans ses principes,
mais de surcroît, il est dangereux dans ses applications.
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Le PACS
peut, en effet, se révéler dangereux, plus ou moins volontairement, par ses
inconséquences, je ne rappelle que les principales :
Le régime des relations patrimoniales entre partenaires est à
l'opposé de toute sécurité juridique. L'indivision est précaire et peu efficace en cas
de désaccord. La rupture d'un PACS (et il s'en produira fatalement) risque de déboucher
sur d'interminables règlements pécuniaires entre ex-partenaires. La solidarité des
dettes nécessaires aux besoins de la vie courante est extrêmement dangereuse pour les
partenaires pendant la durée du pacte mais également après la rupture, si les
formalités prévues par le texte ne sont pas respectées.
Les tiers ne sont guère protégés, ce qui les incitera à ne pas
vouloir contracter avec les concubins "pacsés".
Le PACS peut également être dangereux pour un des partenaires
puisqu'il peut prendre fin par la volonté unilatérale de l'un des deux. Le droit
français va ainsi consacrer la répudiation unilatérale qu'il considère, par ailleurs,
comme contraire à l'ordre public. A parodie de mariage, simulacre de divorce.
En ne prévoyant rien de solide pour garantir le partenaire abandonné,
la loi laissera écraser le faible et n'a aucune compassion pour la détresse de celui ou
de celle dont la vie est brusquement privée, contrairement à toute l'évolution
législative depuis 200 ans.
En cas de contestation entre les partenaires, le juge se trouvera bien
démuni, tant le législateur aura omis de l'éclairer sur la manière de régler les
conséquences pécuniaires de la rupture. Sera-t-il tenté d'emprunter une solution
relevant du droit du divorce, au risque d'accentuer davantage encore l'apparentement du
PACS au mariage. Un éclaircissement sur ce sujet, Madame le Garde des Sceaux, réduirait
les graves risques juridiques qu'encourent les futurs répudiés.
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La loi sur le PACS comporte un nombre invraisemblable de lacunes et
d'obscurités. Le texte ne précise jamais ce qui a un caractère impératif ou facultatif
; ce qui peut revêtir un caractère d'ordre public est totalement incertain. Sur les
questions essentielles qui déterminent toute l'économie et l'équilibre de cette sorte
d'institution, la loi ne dit rien ! La jurisprudence tranchera ! Or ce sont des éléments
qui relèvent de la compétence exclusive de la loi et le législateur ne peut, à ce
point, déléguer ses pouvoirs à la jurisprudence. La loi a une compétence obligée et
exclusive qui ne peut être déléguée, sans encourir un risque d'inconstitutionnalité.
Un autre danger réside dans les multiples risques de fraude que crée
le texte, qu'il s'agisse des dispositions fiscales ou de l'obtention de titres de séjour.
Après les mariages blancs, place aux PACS blancs.
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Le texte n'est pas seulement dangereux par ses inconséquences, il
l'est aussi par ses silences, qu'il s'agisse de la tenue de registres qui, si l'on n'y
prend garde, pourrait se transformer un jour en mine d'informations pour l'élaboration de
fichiers d'homosexuels de triste mémoire. L'autre problème concerne l'éventuelle
adoption d'enfant, voire au recours ultérieur à la procréation médicalement assistée
puisque les associations homosexuelles en revendiquent haut et fort le droit.
Mais à propos de silence, il en est un assourdissant ! L'enfant, le
grand absent du PACS. Une loi qui veut organiser un couple d'où l'enfant est
délibérément ignoré ne peut être une bonne loi.
Ambigu (voire hypocrite) dans ses principes, dangereux dans ses
applications : tout semble condamner le texte sur le PACS qui, selon certains, constitue
l'exemple typique d'une certaine dégénérescence de la technique législative. Reste
que, parmi les raisons qui ont conduit à son élaboration, figure le tragique de
certaines situations particulières qui ne peuvent laisser indifférent le législateur.
Aussi convenait-il, et je terminerai d'ailleurs par là où j'ai
commencé, de nous limiter à résoudre le seul et vrai problème à régler : inverser la
jurisprudence de la Cour de Cassation et permettre la prise en compte des circonstances
douloureuses de la vie : la continuation du bail en cas de décès, l'indemnisation du
concubin en cas de décès accidentel, l'adaptation des droits de mutation pour la
résidence principale et les meubles qui le garnissent, et les prestations sociales liées
à la maladie, au décès, à la vieillesse.
Mais la majorité de l'Assemblée nationale a préféré l'idéologie
au service humble et concret des Français. Ce n'est pas le choix de la majorité du
Sénat, ce n'est pas le mien, c'est pourquoi je suivrai le recommandation de notre
Commission des lois et je voterai la question préalable.
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Alain Lambert, président de la Commission des finances
Sénateur-maire d'Alençon
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