Monsieur le
président, monsieur et madame les ministres, mes chers collègues,
Le budget pour 2001 dont nous avons achevé lexamen la semaine
passée mavait donné le sentiment que le Gouvernement avait accompli quelques
progrès. Non sur la politique budgétaire, que la Commission des finances continue de
trouver gravement déficiente en se dérobant devant toutes les réformes de structures
nécessaires à la préparation de lavenir. Mais des progrès sur la forme :
davantage de sincérité sur les chiffres, argumentation plus respectueuse du Sénat.
Ce projet de collectif est, en revanche, désolant de recul, de
régression. Il sapparente à une sorte de poubelle législative,
une serpillière, une voiture-balai. Ses conditions dexamen sont dépourvues de
tout esprit démocratique. Le Gouvernement a laissé le texte doubler de volume à
lAssemblée, au moyen damendements portant sur des dispositifs lourds qui,
souvent, nont même pas été examinés par la Commission des finances de
lAssemblée nationale. Cest le cas de lapurement des dettes des
agriculteurs à légard de la mutualité sociale agricole de Corse, ou de la
constitution dune filiale entre Thomson et la Direction des constructions navales.
Ce texte nous a été transmis voici dix jours à peine !
Il est vrai que, depuis 1998, le ministre chargé de présenter le
collectif nest jamais le même. Cela lui donne limpression de se livrer à ce
mauvais exercice pour la première fois ! Mais, si les Gouvernements et les ministres
changent, les mauvaises habitudes demeurent...
Cest pourquoi votre commission des finances vous proposera un
certain nombre de suppressions darticles qui auront, en quelque sorte, valeur de
motions de renvoi en commission..., je veux dire en Commission des finances de
lAssemblée nationale. On est en démocratie, ou on ne lest pas ! Pour ma
part, je préfère que la majorité plurielle se penche plutôt deux fois quune, je
veux dire une fois plutôt que zéro, sur les propositions du gouvernement quelle
soutient !
Je suis fondé à faire ce reproche au Gouvernement, car,
lorsquil était président de lAssemblée nationale, Laurent Fabius déclarait
quil souhaitait voir un dépôt simultané du projet de loi de finances, du
projet de loi de règlement et du collectif. Le projet de loi de règlement pour 1999 a
bien été déposé avant le projet de loi de finances. Mais que dire du collectif ?
La mission conduite par notre commission, avec les pouvoirs des
commissions denquête, a établi que le projet de collectif de fin dannée
était fondé sur les hypothèses du budget de lexercice suivant. Dans ces
conditions, la proposition de Laurent Fabius était parfaitement justifiée.
De deux choses lune : ou bien, le collectif se fonde sur des
hypothèses différentes du projet de loi de finances, et alors il est normal de
lexaminer plus tard ; ou il se fonde sur les mêmes hypothèses, et il ny
a aucune raison de contraindre le Parlement à lexaminer, à la sauvette, en fin
dannée.
Létat lamentable de ce collectif doit nous servir
denseignement. Nous nous apprêtons à réformer dans le consensus la loi organique.
Je soumets donc à votre réflexion le principe suivant : le collectif de fin
dannée ne doit comporter que des dispositions relatives à lexercice en
cours. Celles-ci peuvent être de trois types :
Ø la ratification des mouvements
de crédits intervenus en cours dannée, ainsi que lapprobation des mouvements
associés au collectif ;
Ø la prise en compte des
modifications dans les estimations de recettes et de dépenses, liées à des facteurs
indépendants de la volonté du Gouvernement ;
Ø les ajustements de la politique
budgétaire, afin, soit de modifier les moyens mis en uvre pour atteindre les
objectifs initialement fixés, soit éventuellement pour modifier ces objectifs.
En revanche, deux types de dispositions doivent être désormais
proscrites :
Ø celles qui modifient
lexercice suivant. Il nest pas admissible que lencre de la loi de
finances même pas sèche, lon vienne déjà modifier léquilibre que le
Parlement vient pendant trois mois de chercher à définir, comme cest sa mission.
Ø les dispositions permanentes.
Elles nont rien à faire dans un texte aussi contingent quun collectif.
Celui dont nous allons discuter à linstant démontre, presque sur chaque article,
à quels excès mène un tel laxisme.
Ces quelques remarques prospectives faites, je ne métendrai pas
sur les critiques de la politique budgétaire menée par le Gouvernement. Le rapporteur
général la fait excellemment. Je ne soulignerai que deux aspects : le
déficit, et les recettes.
Sagissant du déficit, afficher un déficit pour 2000 supérieur
à celui exécuté en 1999 revient à se moquer des Français, dans la période de
croissance qui est la nôtre, et avec un surplus de recettes de 40 milliards. Mais
que ferait le Gouvernement si la conjoncture devenait moins bonne ?
Sagissant des reports de recettes non fiscales dont le montant
sélève à 15 milliards de francs pour la seconde année consécutive, il
sagit dune pratique inacceptable. Refuser dencaisser 15 milliards
de recettes revient à accroître la charge de la dette de près d1 milliard
supplémentaires sur un an. Comment justifier cela ? Combien détablissements
pénitentiaires naurait-on pu rénover avec 1 milliard de francs
supplémentaires ? Combien de travaux de sécurité routière aurait-on pu
engager ? Les motifs daffichage et de lissage sont bien pauvres ou
misérables au regard de la perte que cette attitude entraîne pour le bien-être et les
intérêts des Français.
Cest pourquoi, une fois encore, la commission des finances vous
proposera la voie de la responsabilité, qui fait fi de laffichage, et qui
sappliquera au contraire à se soumettre aux principes de bonne et saine gestion du
fruit du travail des Français, car cest le respect que nous leur devons et auquel
nous tenons, comme pilier essentiel de notre démocratie.