Nouvelle lecture du projet de loi de finances pour 2001

Discours d'Alain Lambert, président de la Commission des finances du Sénat

Sénat, mercredi 20 décembre 2000

Monsieur le président, madame la ministre, mes chers collègues,

Quelques mots très brièvement pour faire écho aux propos tenus par Florence Parly devant l’Assemblée nationale, concernant la première lecture du budget par le Sénat.

Par nature, ne pouvant devant l’autre assemblée y expliquer nos points de vue en contrepoint, je me propose de le faire en cet instant, de manière concise. Certains députés ont justifié les positions du Sénat, qu’ils en soient remerciés.

Madame la Ministre, vos propos m’ont semblé injustes.

D’abord, vous avez assimilé le Sénat à l’opposition nationale. Si la majorité sénatoriale se situe sans ambiguïté dans l’opposition au gouvernement, cette assimilation n’est toutefois pas adaptée. Le Sénat a reçu dans nos institutions un rôle propre, il n’est pas le représentant des partis de l’opposition mais du peuple français. Il n’a pas vocation à systématiquement s’opposer ou à soutenir tel ou tel gouvernement, mais à participer à l’élaboration de la loi et à exercer son contrôle. Il est aussi le représentant des collectivités territoriales et vous avez vous-même reconnu la qualité de notre débat sur les recettes de celles-ci.

Vous avez ensuite dénoncé le caractère, à vos yeux, peu sérieux des chiffres du budget voté par le Sénat : un déficit à 50 milliards de francs mais que vous chiffrez en réalité à 300 milliards de francs (sic), un paquet de cigarettes à 70 francs, la suppression de 25 milliards de francs de crédits de l’éducation nationale, etc…

Pourriez-vous, dans le respect du texte actuel de l’ordonnance organique, me dire comment vous proposez d’amender un projet de budget dès lors que toute baisse de recettes doit être immédiatement gagée, quant bien même vous en proposez d’autres, dès lors encore que nous ne pouvons modifier la structure des dépenses, mais seulement accepter ou rejeter les mesures nouvelles. Les contraintes actuelles de l’ordonnance ne nous permettent pas de reconstruire le budget. Le message du Sénat était donc un message de rejet, mais un rejet avec débat, parce que nous pensons que le gouvernement et ses ministres doivent pouvoir venir devant le Sénat exposer et défendre leur politique.

Peut être aiderez-vous à ce que la réforme de l’ordonnance permette de revenir sur cette impossibilité d’une discussion budgétaire davantage respectueuse de la représentation nationale et par là même plus respectueuse des Français.

Enfin, vous avez repris la ritournelle classique de l’absence de proposition de baisses de dépenses. Or nous ne cessons de répéter depuis plusieurs années qu’il faut, non pas augmenter, mais réduire le nombre global de fonctionnaires, en réformant enfin les structures de l’Etat. Nous n’avons cessé de rappeler qu’il était nécessaire et urgent de réformer les retraites publiques, pour en alléger le fardeau qui pèsera sur les générations futures. Nous avons aussi dit en permanence que la baisse des prélèvements fiscaux et sociaux était préférable à l’augmentation des interventions, notamment vis-à-vis de l’emploi.

Nous avons, et j’en terminerai par là, répété également qu’une gestion efficace des actifs de l’Etat permettrait de réduire la dette publique et les intérêts correspondants.

Quelles propositions supplémentaires souhaitez-vous recevoir ?

Voilà ce qu’avec le rapporteur général et avec les rapporteurs spéciaux nous avons voulu, avec conviction porter durant trois semaines, comme volonté et ambition pour la France. Si beaucoup, madame la ministre, de nos objectifs se rejoignent, les voies pour les atteindre sont différentes. Chacune mérite le respect car c’est cela la démocratie.

 

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