S'agissant d'abord de la croissance, je continue de m'étonner que le gouvernement puisse
laisser entendre qu'il en décide lui-même. J'ai pensé, au début, qu'il s'agissait
d'une figure de dialectique, classique dans l'art politique, mais l'insistance qu'il y met
me fait craindre qu'il y croit désormais lui-même, ce qui serait naturellement fâcheux.
Chacun sait en effet
que la croissance s'inscrit dans des cycles plus ou moins longs, et que ses fruits doivent
être soigneusement utilisés pour reconstituer des marges de manuvre dont tout Etat
a besoin pour faire face aux périodes de récession.
Pourtant la période
favorable que nous traversons donne lieu à un laxisme généralisé qui entraîne nos
finances publiques dans une spirale de dépenses nouvelles, pérennes et rigides, qui, au
premier retournement conjoncturel nous pousseront dans l'abîme.
A peine les recettes
supplémentaires sont-elles anticipées, pas même perçues, qu'elles se pulvérisent
immédiatement dans une tempête démagogique sur la baisse d'impôts en tous genres, sans
la moindre vision d'ensemble et sans donner satisfaction aux Français qui n'en constatent
jamais les effets. On les comprend d'ailleurs car, depuis 1997, on peut difficilement
admettre que le gouvernement ait réduit les prélèvements. Ils ont augmenté de 500
milliards, en ce compris l'an 2000, soit une hausse de 14 % en valeur. Voilà comment se
traduisent les prétendues baisses d'impôts sans cesse annoncées!
Au moins, la forte
augmentation des recettes fiscales depuis 1998 aurait dû conduire à la quasi suppression
du déficit budgétaire. Nous en sommes loin. De 1997 à 2001, les recettes fiscales
nettes se sont accrues de 219 milliards, le déficit, lui, n'a été réduit que de 107
milliards, soit moins de la moitié.
En réalité, vous
l'aviez dit vous-même lorsque vous présidiez l'Assemblée nationale, les prélèvements
ne pourront réellement baisser sans un effort substantiel sur les dépenses. Or depuis
1997, les dépenses ont toujours filé plus vite que le gouvernement ne le prévoyait. Sur
les seules années 1998 et 1999, elles ont progressé, selon la Cour des Comptes, de 5,9
%, alors que l'objectif du gouvernement était de 1 %.
Votre arrivée
change-t-elle quelque chose ? Non !
Alors, monsieur le
ministre, votre arrivée pouvait-elle permettre de corriger cette funeste trajectoire ?
J'étais de ceux qui l'espéraient. Mais je regrette de devoir constater le contraire.
Cette trajectoire se confirme, voire elle s'aggrave. L'année dernière, devant votre
prédécesseur, je m'étais livré à un petit jeu de pronostics sur les recettes, en lui
affirmant que le taux des prélèvements obligatoires atteindrait 45,7 % en 1999. Mon
pronostic s'est hélas révélé juste.
Cette année, pour
varier les plaisirs, permettez-moi un pronostic sur les dépenses : leur dérive en 2001
sera supérieure à celle que vous affichez !
Pourquoi ? Parce que vos hypothèses reposent sur la stabilité de la masse des
rémunérations publiques. Mais vous ne résisterez pas à la pression. Elle est trop
forte. Quand on a des amis comme les vôtres, on a pas besoin d'ennemis supplémentaires.
Le robinet des surenchères de votre majorité plurielle est ouvert : vous recommencez à
créer des emplois dans la fonction publique. Quant aux négociations salariales qui
s'engagent, elles coûteront bien entre 10 à 20 milliards de plus que ce que vous avez
prévu.
Depuis 1997, les ¾
de la hausse des dépenses, au budget général, sont déjà allées à la fonction
publique. En vérité, comment stabiliser les dépenses publiques, si celles de la
fonction publique ne le sont pas ? Dès lors, le budget de l'Etat se réduit, peu à peu,
à un simple budget de fonctionnement.
Pour masquer cette dérive des dépenses de fonctionnement, vous réduisez
l'investissement public : il représente moins de 3,4 % dans ce budget. N'êtes-vous pas troublé, monsieur le
ministre, que l'investissement civil de l'Etat soit devenu inférieur au coût des 35
heures ? Ou que le coût des
emplois jeunes ait largement dépassé les crédits consacrés aux missions régaliennes
de la justice ou de la police ? Le critère d'arbitrage retenu par le gouvernement depuis
1997 se résume ainsi :
" Le présent
d'abord, pour l'avenir on verra plus tard "