Débat sur la transformation de la Commission des finances en Commission d'enquête

Discours d'Alain Lambert, président de la Commission des finances

Sénat, le mercredi 29 mars 2000

 

Chers collègues,

La Commission des finances, en application de l’article 5 ter de l’ordonnance 58-1100 du 17 novembre 1958 relative au fonctionnement des assemblées parlementaires et de l’article 22 ter de notre règlement, demande au Sénat de lui conférer les prérogatives attribuées aux commissions d’enquête, en tant que de besoin, pour une mission déterminée, consistant à recueillir des informations sur la façon dont fonctionnent les services de l’Etat, en particulier ceux du ministère de l’économie et des finances, dans l’élaboration des projets de loi de finances et dans l’exécution des lois de finances.

Je précise que si la démarche de la Commission est de s’informer, et d’informer le Sénat, sur les outils dont dispose le Gouvernement pour former sa décision, il ne s’agit pas de s’immiscer dans la préparation des décisions gouvernementales pour l’avenir, à savoir la préparation du débat d’orientation budgétaire pour 2001, du premier projet de loi de finances rectificative pour 2000 et du projet de loi de finances pour 2001. La commission traitera ces sujets le moment venu, en laissant au Gouvernement la plénitude de l’initiative qui doit lui revenir.

Les motivations de cette demande sont de deux ordres.

D’une part, les débats budgétaires de la fin de l’année 1999 se révèlent avoir porté devant le Parlement sur des données largement faussées. C’est la fameuse affaire de la « cagnotte fiscale ». Mais il y a eu aussi, par le passé, sous de nombreux gouvernements, des affaires mettant en cause la transparence du ministère, ou la pertinence de ses outils de gestion. Nous cherchons à connaître la mécanique, ce qui peut impliquer une rétrospective allant en deça de l’année 1999.

D’autre part, il n’apparaît pas évident que la Commission des finances puisse recueillir les éléments d’information souhaitables sans être dotée des prérogatives des commissions d’enquête. Une interprétation restrictive des textes en vigueur laisse en effet penser que seuls les rapporteurs spéciaux peuvent exercer un contrôle sur pièces et sur place, portant sur les seules dépenses relevant du département ministériel qu’ils ont la charge de rapporter. Il ne serait ainsi pas possible au rapporteur général d’enquêter sur les recettes, par exemple. Je vous fais donc cette proposition pour que nous puissions éviter « d’ergoter » avec le Gouvernement sur ce que nous avons le droit de savoir ou pas.

La durée demandée pour la mission ainsi définie serait la durée maximale prévue par la loi, soit six mois à compter de la date de la décision du Sénat.

J’entends proposer à la Commission de composer l’équipe de rapporteurs de manière pluraliste. Il s’agit pour la représentation nationale de remplir la mission posée par l’article 14 de la Déclaration des Droits de l’Homme de 1789, sur le consentement à l’impôt et le suivi de son utilisation, et pas d’une attaque politicienne contre le Gouvernement.

Alain Lambert, président de la Commission des finances

 

Sénat |année 2000