Quatre fédérations – CGT, Force ouvrière, Sud Rail et la Fgaac – ont déposé un préavis de grève reconductible débutant à 20h00. Appelons les choses par leur nom : c’est un scandale.

Le motif « phare » invoqué serait, parait-il, « le risque de privatisation » ! Cette hypothèse est tellement invraisemblable qu’elle discrédite gravement les organisations syndicales à l’origine de cet appel à la grève. Pour être privatisée, il faut une volonté politique. Il n’en existe aucune. Tout simplement parce que ce n’est ni souhaitable ni même possible ! Car, pour mettre sur le marché des actions, encore faut-il avoir la moindre chance de trouver des acheteurs ! Ce qui, à l’évidence, serait totalement impossible dans le cas de la SNCF. Quel français de bon sens risquerait ses économies, pour souscrire au capital d’une société dont certains syndicats sont aussi irresponsables ? Ce n’est ni imaginable, ni envisageable. Les cheminots, conscients j’imagine de la mauvaise foi de certains d’entr’eux, n’y risqueraient même pas leur propre épargne.

Classons donc ce motif de « risque de privatisation » dans la catégorie d’une mauvaise foi tragique qui est une honte et blesse profondément le sens civique et l’honneur du service public.

En revanche, il est une question qu’il faudra bien un jour poser : c’est la légitimité du prélèvement sur le fruit du travail des Français pour servir des pensions et des avantages exorbitants du droit commun à des salariés dont le comportement est un déni de justice entre tous les salariés et aussi un déni du devoir de chacun d’accomplir ses obligations de service public à la population.

S’il faut aller un jour jusqu’au référendum pour trancher cette question, il faudra pas hésiter à le faire, même au prix des pires grèves de l’histoire. Nous n’avons plus le droit, en effet, d’abandonner les Français au chantage de quelques- uns.

Voir les relations financières entre la SNCF et les contribuables français. Mon rapport au Sénat sur le PLF 2005.

Pour résumer, en quelques chiffres :

Les contributions de l’Etat au transport ferroviaire représenteront près de 6,5 milliards d’euros en 2005, c’est-à-dire 85 % du budget des transports terrestres (et 73 % du budget des transports, des routes et de la sécurité routière) :

  • 39 % de cette contribution au ferroviaire va au régime de retraite de la SNCF ;
  • 23 % est consacré au désendettement des deux établissements publics (SNCF & RFF) ;
  • 18 % seulement est consacré à l’investissement.